Ludger Proulx détestait les hommages et les reconnaissances.
Il ne croyait pas à ça. Lorsqu’il a été intronisé au Temple de la renommée de la lutte indépendante au Québec, il m’avait même demandé de retirer son nom.
Du Ludger tout craché!
J’ai eu la chance de le voir une dernière fois lundi dernier, à l’hôpital de Saint-Jérôme, un peu plus de 24 heures avant son décès.
On a parlé pendant près de 45 minutes. Il m’a alors confié qu’il comptait demander l’aide médicale à mourir. Il en avait assez de se battre. Il n’était plus capable.
Il m’a aussi mentionné qu’il ne voulait pas de cérémonie funéraire. Et je me souviens lui avoir répondu : « tu m’empêcheras pas d’écrire sur toi par exemple! » Il s’est mis à rire. Il savait qu’il ne pouvait pas me demander ça!
J’ai par contre décidé d’écrire ce texte sur Lutte.Québec et non sur TVA Sports.
La lutte québécoise et le Québec ont toujours été importants pour Ludger et je tiens à m’adresser d’abord et avant tout aux gens du milieu qui l’ont connu ou qui en ont entendu parler, et non aux amateurs de sports qui ne comprendraient peut-être pas toute l’importance du nom de Ludger Proulx dans notre domaine.
Parce que la lutte au Québec a connu sa part de grandes familles : les Rougeau, les Vachon, les Leduc, les Brito, les Martel.
Mais une famille un peu moins sous les projecteurs, sans être moins importante pour autant, mérite aussi de faire partie de la discussion : les Proulx. Que ce soit par l’influence qu’elle a exercée sur plusieurs générations ou par le nombre de ses membres qui ont œuvré dans le milieu, sa contribution à la lutte québécoise est indéniable.
Il était normal pour Ludger de devenir lutteur professionnel.
Son oncle, Ludger Bossé, frère de sa mère, Claudette Simard, issue d’un autre mariage, était lui aussi lutteur professionnel. Bossé a fait ses débuts à la fin des années 1950 aux Loisirs St-Jean-Baptiste, situés au 485, rue Rachel Est, à l’angle de la rue Berri, à Montréal, là où se trouve aujourd’hui le magasin de manteaux Kanuk.
Les Loisirs, comme on les appelait, étaient l’œuvre de Fernand Girard, mieux connu sous le nom de Pat Girard. Né en 1918 à Saint-Gabriel-de-Brandon, ce dernier a connu une longue carrière en Europe dans les années 1940 et 1950, luttant même devant la reine d’Angleterre. Mais après avoir redécouvert la religion chrétienne, il a cessé de lutter à l’international, a commencé à faire du bénévolat aux Loisirs, puis a fini par y donner des cours de lutte vers la fin des années 1950.
Bossé, sous le nom de Tarzan Simard, a été l’un de ses premiers élèves. Il a principalement lutté aux Loisirs dans les années 1960, mais a aussi travaillé pour Lutte Grand Prix et les As de la Lutte dans les années 1970. Son frère, Yvon, a lui aussi œuvré dans le domaine, mais surtout comme gérant.
C’est dans les années 1960 que Tarzan Simard décide d’initier son beau-frère, Bertrand Proulx, le mari de Claudette, au monde de la lutte, bien sûr sous la tutelle de Pat Girard.
Né à Coaticook, Bertrand fait ses débuts au milieu des années 1960. Il lutte notamment pour les As de la Lutte et affronte des adversaires comme Fidel Castillo, Chin Lee, Ronnie Garvin, Raymond Rougeau, les frères Caruso, les frères McGuire ainsi que Michel Vigneault, le frère de Rick Martel.
En 1972, il commence à faire équipe avec un lutteur du nom d’André Proulx, qui n’avait aucun lien de parenté avec la famille, mais qui était présenté comme son frère. En simple comme en équipe, Bertrand lutte en Ontario, dans les Maritimes, dans l’Ouest canadien ainsi que dans plusieurs villes américaines. Lors du spectacle conjoint de Lutte Grand-Prix et des As de la Lutte présenté au Forum de Montréal en février 1974, les frères Proulx figurent d’ailleurs sur la carte, où ils affrontent Mike Pappas et Gigi the Greek.
L’année suivante, toutefois, Bertrand prend sa retraite. Il ne sera plus jamais impliqué dans le monde de la lutte par la suite. Il s’éteint le 31 décembre 2000 à l’âge de 55 ans.
De son union avec Claudette, Bertrand a eu deux garçons. Le 22 février 1962 naît Serge. Puis, trois ans plus tard, le 7 avril 1965, c’est au tour de Ludger de voir le jour. Les deux frères grandissent tantôt sur la rue Rivard, tantôt sur la rue Berri, à l’angle de Rachel, à quelques pas des Loisirs.
Bertrand vient alors de faire ses débuts dans le monde de la lutte professionnelle. Serge et Ludger baignent donc dans cet univers dès leur plus jeune âge.
« Je me souviens que mon oncle Tarzan me faisait faire des savates. J’avais juste 7 ans! » se souvient Serge.
Mais Bertrand et Claudette se séparent en 1973 et le père disparaît pratiquement de la vie de ses garçons. Claudette refait sa vie avec Gilles Boivin. De cette union naîtront Annie et Patrick, que Ludger considérera toujours comme sa sœur et son frère à part entière.
Pendant longtemps, Ludger a ouvertement parlé de Bertrand comme de son « géniteur » plutôt que de son père. Mais lorsque je l’ai vu lundi dernier, il parlait de lui en utlisant le mot père. Il m’a alors confié qu’il avait fait la paix avec lui depuis près de dix ans déjà. J’étais sincèrement heureux pour lui.
« On est pas mal sûrs qu’il est venu nous voir lutter quand on faisait des shows sur la rue Ontario, mentionne Serge en parlant de son père. Mais il n’a pas été impliqué dans notre entraînement de lutte. »
Une occasion manquée
C’est plutôt Tarzan Simard qui assume ce rôle, tout comme Pat Girard. Serge fait ses débuts dans le métier en 1980, à L’Épiphanie et un an plus tard, c’est au tour de Ludger de suivre ses traces, alors qu’il vient tout juste de célébrer son 16e anniversaire. Le 1er mai 1981, il participe à son tout premier combat, une bataille royale présentée aux Loisirs St-Jean-Baptiste.
Après quelques années passées à lutter aux Loisirs et en périphérie de Montréal, il obtient enfin une occasion de se faire valoir à un autre niveau. En 1984, il participe à quelques enregistrements télévisés de Maple Leaf Wrestling à Brantford. C’est d’ailleurs le 30 avril 1984 que Ludger affronte un jeune Bret Hart, qui lutte alors sous le nom de Buddy Hart. Le match est toujours disponible sur YouTube.
L’année suivante, il joint les rangs de Lutte Internationale, où il restera jusqu’à la fermeture de la promotion en 1987. C’est d’ailleurs Rick Martel, le lutteur préféré de Ludger, qui lui permet d’obtenir une place à temps plein au sein de l’organisation. Martel avait appris que Ludger était le fils de Bertrand, l’un des premiers à lui avoir tendu la main lorsqu’il avait fait ses débuts dans les Maritimes.
Utilisé principalement dans les combats préliminaires, Ludger affronte des lutteurs comme Gino Brito Jr., Armand Rougeau, Ron Ritchie et André Malo. Son rôle consiste alors à mettre en valeur les lutteurs de milieu de carte et les vedettes montantes de la promotion.
De cette époque, deux matchs méritent toutefois qu’on s’y attarde davantage.
Le 28 juillet 1986, au Centre Paul-Sauvé, Ludger affronte un jeune lutteur japonais du nom de Toshiaki Kawada, qui lutte alors simplement sous le nom de Toshiaki. Venu en Amérique du Nord pour apprendre le métier, il deviendra par la suite l’une des figures les plus importantes de la All Japan Pro Wrestling dans les années 1990 et sera intronisé au Temple de la renommée de la lutte du Wrestling Observer Newsletter.
Exactement deux mois plus tard, au même endroit, Ludger affronte le champion de la télévision, Prince Alofa, et se retrouve au cœur d’un malentendu qui lui fera rater ce qui aurait pu être l’un des moments les plus marquants de son passage à Lutte Internationale.
Tout commence lors d’un gala présenté à Joliette, où il doit affronter Alofa dans un match télévisé. Comme son anglais est limité, Ludger demande à Raymond Field de l’aider à préparer le combat. Au moment de discuter du match, Alofa refuse de recevoir plusieurs manœuvres, ce qui réduit considérablement les possibilités. Le combat est finalement écourté et ne dure que trois minutes.
Le lendemain, Rick Martel demande à rencontrer Ludger pour comprendre pourquoi le match a été aussi court. D’abord sceptique devant ses explications, Martel obtient toutefois la confirmation de Raymond Field.
Quelques semaines plus tard, le 28 septembre, Ludger est de nouveau jumelé à Alofa. Avant le combat, l’agent Luigi Macera lui annonce dans le vestiaire, devant les autres lutteurs, qu’il remportera le championnat de la télévision dans un match de trois minutes. Comme cette consigne rappelle étrangement l’épisode de Joliette, Ludger est convaincu qu’on lui joue un tour.
Une fois dans le ring, il lutte donc le match comme prévu, mais choisit de se laisser battre par Alofa. De retour en coulisses, Macera le réprimande immédiatement pour ne pas avoir suivi les directives. En réalisant que l’instruction était bel et bien sérieuse, Ludger comprend alors qu’il vient de laisser filer une occasion inattendue de devenir champion.
Cette confusion aura d’autres conséquences. Alofa ne luttera plus jamais pour Lutte Internationale et quittera même la promotion avec la ceinture, sans jamais la remettre au promoteur Gino Brito.
Quelques années plus tard, Alofa poursuivra sa carrière à la WWE sous le nom de Fatu, comme membre des Headshrinkers, avant de connaître encore plus de succès sous le nom de Rikishi. Les amateurs de lutte d’aujourd’hui le connaissent principalement comme le père des Uso et de Solo Sikoa.
Quand la ICW a changé la lutte québécoise
La plus grande contribution de Ludger au monde de la lutte viendra toutefois dans les années qui suivent la fermeture de Lutte Internationale, en juin 1987. À Montréal, la seule promotion d’envergure qui subsiste alors est celle des Loisirs St-Jean-Baptiste, dirigée de main de maître par Pat Girard.
Bien que certains promoteurs organisent occasionnellement des spectacles en région, les Loisirs demeurent la promotion locale la plus connue. Depuis 1982, Ludger produit lui-même quelques galas dans des campings ou à l’occasion de ventes-trottoir, à raison de deux ou trois par année.
Mais c’est aux Loisirs qu’il lutte régulièrement, en parallèle de Lutte Internationale, et avec les années, il devient le protégé de Pat Girard. Ce dernier assiste d’ailleurs à l’un des spectacles organisés par Ludger afin d’observer son travail comme promoteur. Impressionné, il commence à lui montrer les rouages du « booking » d’un spectacle et Ludger l’assiste de plus en plus dans ses responsabilités aux Loisirs. Par exemple, c’est Ludger qui a la charge d’envoyer les extras (lutteurs qui ne lutteront pas, mais qui vont aider à la production du spectacle) à Lutte Internationale.
Ludger devient également l’un des entraîneurs de la promotion. Bien avant de devenir PCO et de remporter à plusieurs reprises le championnat par équipe de la WWE, un jeune Carl Ouellet s’entraîne aux Loisirs. Comme Girard approche alors de la soixante-dizaine, ce sont Ludger, Nick Rapone et Guy Ranger qui dirigent les entraînements.
« Je me rappellerai toujours de notre tout premier entraînement, qui a commencé par 50 tours de jogging autour du grand gymnase. Ce soir-là, presque tout le monde a abandonné. À la fin, il ne restait plus que deux gars : Martin Roy et moi. Ludger nous a regardés et a dit : “On va vous montrer à tomber.” On pensait enfin monter dans l’arène, mais non ! Il nous a fait redescendre par terre. On a appris à chuter directement sur le bois franc. Avec lui, le ring, ça se méritait », écrit Ouellet sur sa page Facebook.
Ludger gardera d’ailleurs cette façon de faire avec la ICW, alors qu’il faisait chuter ses élèves sur un plancher en terrazzo avant de les amener dans l’arène.
« À l’époque, j’étais trop jeune pour tout comprendre, ajoute Ouellet. Aujourd’hui, je suis là pour lui dire merci. Merci de m’avoir si bien préparé pour le grand show. Alors que je pensais qu’il ne m’aimait pas, il me montrait simplement les dessous cruels du métier, tout en me transmettant sa fascination pour ce sport.
Sa passion était contagieuse. Ludger, tu as marqué l’histoire de la lutte et tu as changé ma vie. Merci pour la rigueur, merci pour le cœur, merci pour la passion. Repose en paix, Coach. Ton héritage continue de briller sur les rings du monde entier. »
Puis, en 1990, une mésentente éclate entre Pat et Ludger, et Girard décide de le congédier. Puis, graduellement, il congédie pratiquement tout le monde aux Loisirs.
La véritable raison derrière cette brouille?
Pat préparait sa relève.
Il souhaitait prendre sa retraite, mais voulait aussi s’assurer d’aider Ludger à lancer sa propre promotion. Ludger ne l’a pas compris sur le coup, mais Pat le connaissait bien. À plusieurs égards, il lui ressemblait. Il voulait s’assurer que Ludger fasse le saut comme promoteur et que les autres lutteurs le suivent. Tant que Pat aurait continué à présenter des spectacles aux Loisirs, rien de tout cela ne se serait produit.
C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il avait commencé à lui enseigner les rudiments du métier de promoteur.
Le 22 décembre 1990, Ludger présente donc le tout premier spectacle de la Inter Championship Wrestling (ICW) dans une salle de l’église Nativité-de-la-Sainte-Vierge, à l’angle des rues Ontario et Saint-Germain, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Devant 325 spectateurs, une nouvelle promotion voit le jour.
Puis, au début de 1991, quelques lutteurs amènent Ludger, contre son gré, rencontrer Pat. Lorsque ce dernier l’aperçoit, il le prend immédiatement dans ses bras. C’est à ce moment que Ludger comprend enfin ce qui s’était réellement passé.
Pat n’assistera jamais à un spectacle de son protégé, mais il conservera avec lui une relation privilégiée jusqu’à son décès, le 5 mars 2002, à l’âge de 83 ans.
D’ailleurs, avec le départ de Ludger disparaît aussi une source inestimable d’informations sur les Loisirs St-Jean-Baptiste, une institution qui a profondément marqué l’histoire de la lutte québécoise.
Dans les faits, l’aventure de la ICW débute dès août 1990, alors que Ludger ouvre une école de lutte. Il y entraîne notamment deux futurs participants au spectacle inaugural de décembre : Ghyslain Cyr et Carl « Super Ninja » Langlois.
Langlois deviendra d’ailleurs le partenaire d’affaires de Ludger, aux côtés des lutteurs Réal Massicotte, André Moreau et Randy Côté. Toutefois, au moment où le premier spectacle est présenté, seuls Langlois et Ludger sont toujours impliqués dans le projet.
Pour ce premier événement, Ludger recrute des lutteurs provenant de différentes sources : de l’école de lutte d’Édouard Carpentier, des spectacles présentés à Sorel par Réjean Désaulniers, de sa propre école de lutte et, bien entendu, de nombreux anciens des Loisirs. Le ring est acheté à Mike Vachon, fils du regretté Maurice « Mad Dog » Vachon. Quant à la salle, après plusieurs recherches, celle de l’église Nativité-de-la-Sainte-Vierge, dans Hochelaga, s’avère l’endroit idéal. Il était important pour Ludger de faire ça dans une salle annexée à une église afin de redonner à la paroisse.
Si la promotion a toujours été connue sous le nom de la ICW, la signification de l’acronyme a changé au fil des années. À l’origine, il signifiait « International Canadian Wrestling ». Plus tard, il deviendra « Inter-Championship Wrestling ».
La scène locale est alors bien différente de celle d’aujourd’hui. Sans promotion majeure basée à Montréal et avec la WWF qui détient l’exclusivité du Forum et de la télévision, quelques promoteurs régionaux comme Denis Archambault, Réjean Désaulniers ou Sunny War Cloud présentent des spectacles occasionnels, mais il n’existe rien de régulier dans la métropole. L’arrivée de la ICW marque ainsi le début de l’ère des promotions indépendantes dans la lutte québécoise.
Après le spectacle inaugural de décembre 1990, un deuxième est présenté en mars 1991. Les spectacles deviennent ensuite bimensuels. C’est à cette époque que Carl Langlois cesse son implication à temps plein. Puis, dès l’automne de la même année, la ICW adopte une formule hebdomadaire qu’elle conservera pendant des décennies.
Les spectacles attirent en moyenne 250 spectateurs chaque semaine, certains estimant même l’assistance à plus de 300 personnes.
La ICW prend rapidement une place importante sur la scène indépendante québécoise, au point où certains de ses résultats sont publiés dans le Journal de Montréal. La promotion gagne également en visibilité à l’extérieur de Montréal. Ainsi, en novembre 1994, elle fournit les lutteurs pour un événement spécial présenté à Saint-Jérôme afin de souligner les 45 ans de carrière sportive et artistique de Little Beaver. Lors du combat principal, Ludger affronte Mr. USA.
La promotion demeure sur la rue Saint-Germain pendant plus de dix ans, jusqu’à l’automne 2001. Elle doit alors déménager dans le sous-sol d’une église située à l’angle des rues Parthenais et Sherbrooke. L’arrondissement Centre-Sud a loué l’immeuble au complet pour 5 000 $ par mois, une somme avec laquelle Ludger ne pouvait rivaliser.
Former la relève, sa plus grande fierté
Plusieurs lutteurs ont marqué cette époque, dont Johnny Primo, l’un des frères Rapone de l’époque de Lutte Internationale et des Loisirs, Ranger Boy (Guy Ranger) ainsi que son fils Lucky Ranger, Warrior, qui deviendra actionnaire pendant quelques années, le tout premier champion de la ICW André « Killer » Smith, les Prisonniers (Serge et Martin Rolland), Steven Cyr, Le Screw, Le Mobster, « Le Roi du Hardcore » Steve Charette, Mathy 69, qui deviendra plus tard Exess, sans oublier Ludger lui-même et son frère Serge, également actionnaire pendant quelques années. Le clan mené par Serge et nommé « la SWAT » en est un qui fait encore jaser aujourd’hui.
Au fil des ans, plusieurs noms bien connus de la lutte québécoise foulent aussi le ring de la ICW, notamment Jos Leduc, Frenchy Martin, Pierre-Carl Ouellet, Gino Brito, Richard Charland, Sunny War Cloud, Gino Brito Jr. et Carl Leduc.
La salle de la rue Saint-Germain aura véritablement été le théâtre de l’âge d’or de la ICW.
Pour mettre les choses en perspective, en 2002, alors que la promotion vient tout juste de compléter sa première année à l’extérieur de sa salle historique, six lutteurs de la ICW figurent encore parmi les 25 meilleurs lutteurs au Québec. Deux d’entre eux se retrouvent même dans le top 5 : Mathy 69, au troisième rang, et Serge Proulx, au cinquième. Les autres étant Mobster, Lucky Ranger, Martin Rolland et Steve Charette. C’est dire à quel point la ICW exerçait encore une influence importante sur la scène québécoise à cette époque.
De plus, on ne souligne pas assez l’apport de la ICW à l’évolution de la lutte féminine au Québec. Bien avant que le sujet ne devienne à la mode, Ludger utilisait les lutteuses pour ce qu’elles pouvaient apporter au spectacle, autant dans le ring qu’à l’extérieur, et non simplement pour leur apparence. Pendant longtemps, la ICW a d’ailleurs été la seule promotion québécoise à compter plus d’une lutteuse dans ses rangs, alors que Francisca Proulx, LuFisto (sous le nom de Precious Lucy), Lady Annie, Sexy Julie et Sweet Cherrie y ont toutes fait leurs classes.
Tout comme aux Loisirs, de nombreux lutteurs passent par la ICW. À l’image de son mentor Pat Girard, Ludger était fier d’affirmer avoir contribué à la formation de plus de 300 lutteurs au cours de sa carrière. D’ailleurs, à ses débuts comme entraîneur, il peut compter sur l’aide de son oncle Tarzan Simard.
Lors de mon dernier entretien avec lui, Ludger me parlait avec beaucoup de fierté de tous ces jeunes issus de différents milieux qui avaient peu ou pas d’expérience dans le monde de la lutte, mais qu’il avait convaincus de se joindre à la ICW parce qu’ils possédaient une véritable passion et voulaient prendre ce métier au sérieux. Des gens comme Patrick Lono, Nico Le Prince, Steve Charette, Stéphane Bruyère et bien d’autres… moi inclus.
« Une perte immense pour le milieu de la lutte québécoise. Aux commandes de la première d’une longue série de fédérations indépendantes à voir le jour après la fin de Lutte Internationale, Ludger aura permis à des dizaines de jeunes et de moins jeunes, comme moi, de vivre leur rêve de performer dans le ring ou de travailler en coulisses. Il y aura consacré sa vie entière. C’était l’un des plus grands passionnés de lutte que j’ai connus, mais surtout, l’un des plus grands amis que j’ai perdus », témoigne Steve Charette, qui a lutté et travaillé en coulisses à la ICW.
Dans un message laissé par Ludger et rendu public par sa famille après son décès, il s’adressait à ses nombreux élèves.
« À mes boys (et girls) de lutte. Je le sais, j’ai été dur avec vous. C’était simplement pour faire sortir le meilleur de vous-même. J’ai cru en vous. Je suis fier de vous. Tout ce que nous avons vécu ensemble a créé qui nous sommes devenus. Merci. »
La partie deux de ce texte sera publiée vendredi.


Copyright © 2026