Au cours de sa carrière de promoteur, Jacques Rougeau a multiplié les promesses. Le problème, c’est qu’il n’a pas toujours livré ce qu’il annonçait.
Et la GPW de Gatineau semble être la plus récente organisation à en faire les frais.
Rarement ai-je reçu autant de messages qu’au lendemain de Guerre Civile VI et de la convention Legends Mania, présentées samedi dernier au Centre Slush Puppie.
Allons droit au but.
Selon les informations que j’ai obtenues, l’association entre Jacques Rougeau et la GPW est, à toutes fins pratiques, terminée.
Les autres actionnaires ne souhaitent plus poursuivre l’aventure avec lui. Des discussions sont actuellement en cours afin de régler les derniers détails, mais il ne serait désormais qu’une question de temps avant que le divorce soit officialisé.
Le tout survient à peine huit mois après l’annonce, en grande pompe, de l’arrivée de Jacques Rougeau et de deux de ses partenaires au sein de l’actionnariat de la promotion. À l’époque, on m’avait indiqué que le groupe détenait environ 25 % des parts de l’entreprise.
Pourquoi ce divorce survient-il?
Parce que Jacques a été fidèle à lui-même.
Des promesses qui ne se sont pas matérialisées. Des attentes gonflées. Une façon de faire qui a souvent créé plus de maux de tête que de solutions.
Samedi dernier, une phrase revenait constamment dans les coulisses :
« Mais Jacques m’a dit ça. »
Ou encore :
« Parle à Jacques, il a dit oui. »
Ça résume assez bien l’ambiance.
De ce que je comprends, des trois autres actionnaires, un seul semblait véritablement attaché à cette association, alors qu’un autre ne cachait pas son mécontentement au cours de la soirée et exprimait ouvertement ses frustrations.
Car de la frustration, il y en a eu.
Selon ce qu’on me rapporte, plusieurs des promesses et engagements, qui avaient convaincu les autres actionnaires d’accepter cette association, n’ont pas été respectés par Jacques Rougeau.
D’ailleurs, à plusieurs reprises, ce dernier a bénéficié d’occasions médiatiques pour faire la promotion du spectacle sans réellement en profiter.
À l’interne, on considère aujourd’hui que cette association a été un échec. On affirme même qu’elle a nui à la GPW, qui aurait reculé par rapport à l’an dernier et qui devra maintenant regagner le terrain perdu une fois cette association officiellement terminée.
La journée des frustrations
Voici quelques exemples de situations qui ont contribué à cette rupture.
Entre autres, Jacques a donné l’instruction de payer Harry Smith et sa mère, Diana Hart, en dollars canadiens. Or, selon ce qu’on me rapporte, les deux s’attendaient à être payés en dollars américains à la suite de leurs discussions avec lui. Ils n’auraient pas apprécié la surprise.
Il y a également eu certains différends concernant la vente de marchandise ainsi que le partage des revenus provenant des photos et autographes.
Autre exemple : le scénario de la bataille royale avait déjà été établi par les autres promoteurs. Jacques devait gagner le match, mais le jour même du spectacle, il a complètement modifié le déroulement prévu.
Il a notamment opté pour une conclusion où il utilisait un Taser contre le fils de son ancien intimidateur. Un clin d’œil au personnage du Mountie qui a fait sourire certains, mais qui a laissé plusieurs personnes perplexes quant à la façon de faire triompher un babyface.
La promotion n’était pas particulièrement enthousiaste face à ces changements, mais puisqu’il s’agissait essentiellement de « la bataille royale de Jacques », les objections n’ont pas été retenues.
Jacques avait également organisé un voyage en autobus pour des partisans qui déboursaient environ 500 $ afin d’assister à l’événement. Le forfait incluait notamment le transport avec Hacksaw Jim Duggan ainsi qu’une photo signée et un selfie avec chacune des légendes présentes à la convention.
Toutefois, toujours selon ce qu’on me rapporte, certains participants ont interprété l’offre comme un accès illimité aux photos et autographes. Une situation qui aurait rapidement créé son lot de mécontentement.
Jacques agissait également comme agent du match principal opposant Le géant Orion à Pickton. Le problème, selon plusieurs personnes impliquées, est qu’il ne connaissait pas une bonne partie des prises proposées par les deux lutteurs.
Le match qu’il a construit ne plaisait pas aux principaux intéressés, particulièrement en ce qui concerne la conclusion. Avec l’accord de la GPW, mais sans que Jacques en soit informé, plusieurs éléments ont finalement été modifiés.
Et un dernier exemple: le promoteur Richard Brown, qui faisait venir Jacqueline à la convention, a lui aussi quitté l’événement avec un goût amer. Le projet lui avait été présenté comme étant beaucoup plus important qu’il ne l’était réellement. Résultat : il a perdu de l’argent.
Bien sûr, le risque fait partie du métier. Encore faut-il disposer de toute l’information nécessaire pour prendre une décision éclairée.
Brown n’a d’ailleurs pas caché sa colère et a eu une vive altercation verbale avec Jacques Rougeau. D’autres légendes ont également quitté l’événement avec un certain niveau de frustration.
L’assistance : moins que l’an dernier
Parce qu’il faut se rappeler une chose.
L’objectif principal de cette association était simple : améliorer la qualité de l’événement et attirer davantage de gens au spectacle et à la convention. L’automne dernier, certains, dont Jacques, parlaient d’attirer une foule entre 4 000 à 5 000 personnes.
Or, les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes.
Selon les chiffres que j’ai obtenus, 3 397 billets ont été distribués pour le spectacle, soit 37 de moins que l’an dernier.
Parmi ceux-ci, au moins 2 626 ont été vendus. Je précise « au moins », puisque certains billets écoulés directement par les lutteurs n’avaient pas encore été comptabilisés lorsque j’ai obtenu l’information.
Du côté de l’assistance réelle, 2 722 billets ont été scannés aux portes de l’aréna, soit 285 de moins qu’en 2025. Un chiffre qui correspond sensiblement à l’évaluation qu’une source locale habituée à analyser les foules au Centre Slush Puppie m’avait transmise.
Pour la convention, 324 billets ont été scannés, comparativement à près de 300 l’an dernier.
Une hausse modeste pour une activité où l’apport de Jacques Rougeau devait pourtant faire une réelle différence.
Et lorsqu’on ajoute les coûts associés à la présence de Rick Martel — qu’on a entre autres fait venir afin de stimuler des ventes de billets inférieures aux attentes — il est difficile d’imaginer que les dépenses aient été moins élevées que l’an dernier.
La GPW a sa part de responsabilités
Cela dit, soyons clairs : les autres actionnaires de la GPW n’ont pas les mains complètement propres dans cette histoire.
Je ne veux pas inutilement m’acharner sur eux. Ils ont déjà payé le prix de cette décision et reconnaissent aujourd’hui qu’ils auraient peut-être dû écouter les nombreuses personnes qui les avaient mis en garde.
Mais au final, ce sont eux qui ont choisi de s’associer à Jacques Rougeau. Ce sont eux qui ont défendu cette décision. Et dans certains cas, ce sont eux qui ont contribué à entretenir une certaine confusion.
Une personne qui refusait de participer au spectacle si Jacques était actionnaire s’est notamment fait montrer des documents laissant croire qu’il ne l’était pas et qu’il n’était impliqué que dans le volet « légendes ».
Pourtant, lors de la conférence de presse de septembre 2025, Martin Villeneuve, l’un des actionnaires avec Dereick Clément et Stéphane Gauthier, avait lui-même présenté Jacques Rougeau comme un « copropriétaire ». De mon côté, j’avais également obtenu confirmation de son implication au sein de l’actionnariat.
Cela dit, je comprends également comment la GPW a pu se laisser séduire. Rougeau possède un charisme indéniable et un talent naturel pour vendre une vision. Une ancienne vedette de la WWE a déjà dit qu’à chaque conversation avec lui, elle avait l’impression de parler à un vendeur d’autos usagées. Lorsqu’on se fait vendre un citron, qui faut-il blâmer : le vendeur qui embellit son produit ou l’acheteur qui choisit d’y croire?
Personne ne pourra dire qu’il n’était pas prévenu
Et ce n’est pas comme si personne n’avait sonné l’alarme.
J’ai moi-même écrit deux articles expliquant pourquoi la GPW devait faire preuve de prudence dans cette association.
Perdre certains talents simplement parce qu’on choisit de s’associer à Jacques Rougeau aurait aussi dû être un signal suffisamment fort.
Mais je comprends tout de même la frustration des autres actionnaires.
Et c’est dommage, parce qu’au final, ce n’est pas seulement Jacques Rougeau qui en ressort écorché : c’est aussi la réputation de la GPW qui a encaissé le coup.
Mais à un certain moment, il faut cesser d’espérer que cette fois sera différente.
Que ce soit avec un promoteur du Saguenay, avec le projet de Lutte Académie ou aujourd’hui avec la GPW, l’histoire semble toujours suivre un scénario similaire.
Lorsque je vous dis que s’associer à Jacques Rougeau vient avec son lot de complications, ce n’est pas pour rien.
À un moment donné, il faut tirer les leçons du passé.
Sinon, vous me forcerez encore une fois à dire : « J’vous l’avais dit. »
crédit photo: Page Facebook GPW


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