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09/09/2026 | Chroniques

La MEW a fait honte à la lutte québécoise

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Lorsqu’on a la chance de représenter la lutte québécoise dans un environnement où elle s’aventure rarement, il ne faut pas manquer son coup.

Malheureusement, c’est exactement ce que Nic Paterson et la Main Event Wrestling (MEW) ont réussi à faire vendredi dernier.

Il y a environ un mois la promotion montréalaise a vendu aux Alouettes l’idée de présenter un match de lutte à la mi-temps d’une rencontre au stade Percival-Molson. La MEW avait fait quelque chose de semblable à Vancouver, au Rogers Arena en février dernier, en collaboration avec les Warriors de Vancouver, l’équipe locale de crosse.

Je tiens d’ailleurs à préciser que ni les Alouettes ni l’équipe responsable de la production des matchs ne sont à blâmer ici. Ils ne savaient tout simplement pas avec qui ils faisaient affaire.

Le spectacle a eu lieu vendredi dernier, le 4 septembre. L’arène avait été installée dans la zone Biergarden, derrière l’une des zones des buts, près de la tente de RDS et de la scène Loto-Québec.

Vers la fin du deuxième quart, on a voulu mousser le match. Les lutteurs étaient déjà dans le ring et l’un d’eux mangeait du popcorn. Pendant que les deux animateurs annonçaient ce qui allait se dérouler à la mi-temps, le tout présenté sur l’écran géant, un autre lutteur a donné un coup sur le popcorn en question.

Un affront impardonnable, apparemment.

Une mêlée générale a aussitôt éclaté, si on peut appeler ça une mêlée. Ce fut l’un des pires pull-apart que j’ai vus de ma vie : mou, sans conviction et aussi menaçant qu’une bataille d’oreillers dans un CHSLD. Bref, absolument rien qui donnait envie de regarder la suite.

À la fin du segment, un de mes amis, qui a assisté à la scène avec moi, un ancien lutteur ayant passé 20 ans dans le métier, m’a immédiatement dit : « J’ai honte. »

La mi-temps est finalement arrivée et, du côté des Alouettes, on avait mis le paquet. Les lumières du stade se sont éteintes afin que les projecteurs soient braqués sur l’arène. Visuellement, ça paraissait très bien devant les 22 752 spectateurs présents.

Tous les ingrédients étaient là.

Une bataille royale à 4?
Puis, on nous a annoncé une bataille royale opposant quatre lutteurs.

Oui, oui. Vous avez bien lu : une bataille royale à quatre!

J’avais entendu dire qu’on présenterait un quadruple menace, ce que je trouvais déjà inutilement compliqué. Mais une bataille royale à quatre lutteurs? Là, on entrait dans un territoire que même mon imagination n’avait pas osé explorer.

Pourtant, produire un match dans ce contexte aurait dû être d’une simplicité désarmante. Tu présentes de la lutte devant des gens qui n’ont pas payé pour en voir, qui n’en ont peut-être jamais vu ou qui n’en ont pas regardé depuis longtemps.

Tu fais donc un match en simple ou par équipe. Deux vilains contre deux gentils. Quelque chose de facile à comprendre, de spectaculaire et d’efficace.

Un choix de lutteurs discutable
Encore faut-il choisir les bons lutteurs.

El Chato. Je n’étais pas surpris. Il est probablement le plus gros babyface de la MEW. Devant une foule de lutte, ça fonctionne. Chez les Alouettes, toutefois, on se retrouve dans un monde de géants. Envoyer un lutteur de cinq pieds six pouces pour représenter le caractère athlétique et imposant de la lutte n’était peut-être pas l’idée du siècle.

KL Shock. Eh bien, on avait réussi à trouver plus petit que Chato. Un Ontarien déguisé en gars de la construction qui, soyons honnêtes, n’est pas le plus solide dans une arène.

Bjorg Haaken. Pour vrai, celle-là, je ne la comprends pas. En plus de ses limites évidentes dans le ring, il possède le charisme d’une roche. Il était dans l’arène et n’avait aucune émotion. Aucune!

Luigi Primo était le meilleur des quatre. Mais Luigi, c’est d’abord un personnage. Certains vont le trouver divertissant alors que d’autres, complètement ridicule. Était-ce vraiment le meilleur choix devant ce type de foule? Je ne le crois pas. Mais bien entouré et utilisé de la bonne manière, on aurait pu s’en tirer.

À Vancouver, Primo y était aussi, mais cette fois en compagnie de Chato, Yayne Harrison et Madman Fulton. Ça aurait déjà été mieux.

À ce joyeux mélange s’ajoutait Pauly Platinum, un vétéran de la lutte comédie au Québec. Lui aussi habillé en gars de la construction, il se trouvait aux abords du ring pour encourager KL Shock.

Je n’ai absolument rien contre Pauly, mais ce match n’avait simplement pas besoin d’un gérant. En fait, j’aurais mieux aimé le voir dans le ring qu’à l’extérieur.

Tony Washington, ancien joueur des Alouettes déjà utilisé à quelques reprises par la MEW, participait également au segment. Sa présence constituait au moins un choix parfaitement logique compte tenu des circonstances.

Des intros qui ne finissent plus
Selon les informations que j’ai obtenues, le segment devait durer dix minutes.

Avant que le match ne commence, Nic Paterson y est allé des présentations. Avec des feuilles pliées qui ne lui donnaient pas une allure très professionnelle, il a parlé entre deux et trois minutes.

Un de mes amis, ancien scripteur pour plusieurs promotions québécoises, assistait lui aussi au match. Il m’a écrit pour me suggérer de rappeler à Paterson que la mi-temps ne durait pas 50 minutes et que les gens étaient là pour voir de la lutte. Ça vous donne une idée?

Et il avait raison. Ça semblait interminable.

Mais je n’étais pas surpris. C’était du Paterson tout craché. Il devait se mettre over.

De la comédie, un mauvais choix
Puis, le match a enfin débuté.

Et devinez quoi?

Luigi Primo a éliminé ses adversaires en leur lançant sa fausse pâte à pizza.

De la comédie dans toute sa splendeur. Exactement le contraire de ce qu’il faut présenter lorsqu’on sort de sa bulle pour tenter de vendre son produit à un nouveau public. Dans un contexte comme celui-là, tu veux que la lutte paraisse impressionnante, crédible et athlétique.

Tu ne veux surtout pas qu’elle devienne le punch d’un mauvais gag.

J’ai entendu dire que du côté de la MEW, depuis que Kevin Raphaël et moi en avons parlé sur notre balado Qui Book, on tente de se défendre en rejetant la faute sur l’équipe de production, qui aurait voulu avoir de la comédie. Je peux vous confirmer que c’est faux. Au contraire, selon ce qu’on me dit, Nic Paterson aurait été fermé à toute idée qu’on lui aurait proposé, justifiant qu’il avait 30 ans d’expérience dans le métier.

D’ailleurs, l’un de ces moments de comédie a été diffusé à RDS. Mathieu Proulx, ancien joueur des Alouettes, y est allé de ce commentaire :

« Y lance la pizza et ça sort le gars du ring. Ben oui, let’s go. On aime ça, la lutte! »

Disons que la sincérité ne semblait pas au rendez-vous, faisant place au sarcasme, qui lui, était palpable jusqu’aux dernières rangées du stade.

Comme si ce n’était pas encore assez, durant le match, un lutteur a frappé son adversaire sur le dessus de la tête avec un clavier d’ordinateur. Un coup direct, sans protection.

Mais pourquoi?

Un match de football attire des parents et leurs jeunes enfants qui n’avaient pas demandé à voir ce genre de coup. Ce n’était peut-être pas d’une violence extrême, mais un coup non protégé à la tête n’avait absolument rien à faire dans un spectacle destiné à un aussi vaste public, surtout lorsqu’il n’ajoutait rien à l’histoire du match.

Gardez-le votre anglais!
Aux abords du ring, Paterson et l’un des animateurs commentaient l’action. Habituellement, je ne suis pas le plus grand fan de cette formule, mais, dans ce contexte précis, elle avait sa raison d’être. Comme l’arène se trouvait à une extrémité du terrain, il fallait bien trouver une façon de capter l’attention des spectateurs assis à l’autre bout du stade.

Entre ses présentations et ses commentaires, Paterson s’est probablement exprimé en anglais environ 70 à 75 % du temps.

Le problème?

Pierre Karl Péladeau, propriétaire des Alouettes, était présent. Je l’avais aperçu plus tôt dans la soirée. Ancien chef du Parti québécois, il accorde une importance bien connue au français. J’imagine donc assez mal qu’il ait été enchanté de constater que la majorité du segment se déroulait en anglais.

Après tout, c’est la même formation qui a fait tant réagir il y a quelques années avec les déclarations de Marc-Antoine Dequoy et de son désormais célèbre « gardez-le votre anglais! »

Je ne serais même pas surpris qu’on ait demandé à la MEW de privilégier le français lors de son segment.

Après le match, Platinum est monté dans l’arène, vraisemblablement pour attaquer Luigi. Tony Washington l’a suivi et a servi une série de chokeslams.

Ce fut, et de loin, le moment le mieux exécuté et le mieux accueilli de tout le match.

Au total, le segment a duré environ sept minutes : deux à trois minutes de match et à peu près une minute et demie consacrée à Washington.

Ils disposaient de dix minutes et n’ont même pas réussi à les remplir.

Une solution toute simple
Pourtant, comme je le mentionnais, ce combat aurait été tellement facile à concevoir.

Matt Falco et Benjamin Tull d’un côté. Marko Estrada et Travis Toxic de l’autre. Kevin Raphaël et moi-même aux commentaires. Et ce ne sont que six noms parmi plusieurs possibilités. Franky, Mitch, TDT, Zak et bien d’autres auraient fait un bien meilleur boulot, alors qu’Handsome JF et Ben Cossette auraient aussi représenté d’excellentes options aux commentaires.

Pas de longues présentations. Tu consacres la totalité du temps disponible aux lutteurs et tu les présentes pendant le combat.

Un bon match crédible, simple et spectaculaire. Quelque chose qui aurait fait réagir la foule tout en montrant les lutteurs pour ce qu’ils sont réellement : des athlètes capables d’en mettre plein la vue.

Au lieu de ça, on a choisi de présenter de la comédie mal livrée et de la lutte mal exécutée. À mes yeux, la MEW a fait honte à la lutte québécoise vendredi dernier.

La lutte aux Alouettes, c’est fini
Cela faisait une vingtaine d’années qu’un spectacle de lutte n’avait pas été présenté lors d’un match des Alouettes. Et je peux vous garantir qu’à l’heure actuelle, l’organisation n’a pas très envie de répéter l’expérience.

Je connais plusieurs personnes qui travaillent les soirs de match au stade et depuis vendredi, les commentaires qui me reviennent sont loin d’être élogieux.

La MEW et Nic Paterson avaient une occasion en or de faire rayonner la scène locale et de présenter la lutte québécoise sous son meilleur jour. Ils ont plutôt privilégié leurs propres intérêts et multiplié les mauvais choix.

Si Jacques Rougeau avait livré une prestation semblable, j’en aurais parlé. Je me devais donc d’être conséquent dans mes écrits.

Vendredi soir, la MEW et Nic Paterson n’ont pas seulement manqué leur coup : ils ont nui à la lutte locale.

Un point, c’est tout.

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