Le Journal de Montréal nous apprend ce matin que l’entreprise de l’ancien lutteur Jacques Rougeau a fait faillite le mois dernier.
Les chiffres du syndic exposent des dettes de 72 383$, dont 40 000$ pour un prêt COVID non remboursé.
« Ça m’a coûté 15 000$ de mes poches, il y a trois ans, puis l’an passé, ça m’a coûté 20 000$ de mes poches », a raconté Jacques Rougeau au Journal, en parlant de ses spectacles sous la bannière de Lutte Académie.
Ce que l’article ne dit pas
À la lecture de l’article, trois questionnements, erreurs ou omissions majeurs en ressortent et il est important de rectifier le tir sur ceux-ci.
L’article mentionne que « le couple avait été fragilisé par la fermeture des salles de spectacle, en 2020. »
Pourtant, le premier Lutte Académie n’a vu le jour qu’en 2022 et la chronologie des événements va à l’encontre de cette affirmation.
Rougeau a pris sa plus récente retraite et a fermé son école de lutte en 2018. Après avoir vendu sa maison à la fin de l’année, Rougeau et sa conjointe ont par la suite beaucoup voyagé. Après avoir passé le début de l’année en Floride, le couple a fait le tour des États-Unis en Winnebago de novembre 2019 à mars 2020. En septembre 2020, Rougeau a débuté une série de balados alors qu’il invitait des personnalités chez lui pour les tournages. Et ce n’est qu’à l’été 2021 qu’il a commencé à faire des mamours à la scène locale en prévision d’un éventuel Lutte Académie.
Très peu de dates de spectacles ont donc été partagées sur sa page Facebook en 2019 et aucune date n’avait encore été annoncée pour 2020. Alors non seulement on semble lier ce prêt au projet de Lutte Académie, mais mis à part quelques conférences humoristiques ici et là depuis sa retraite, ainsi que des conférences dans les écoles qu’il donne bénévolement de toute manière, je m’explique mal comment la fermeture des salles de spectacle a pu « fragiliser » l’entreprise. Au contraire, Jacques semblait profiter pleinement de la retraite.
Est-ce qu’il a vraiment dit 20 000 billets?
À moins que ce soit une erreur de frappe du journaliste, on vient de vivre le comble de l’exagération de la part de Jacques, ce qui n’est pas peu dire.
En effet, à la toute fin de l’article, le journaliste cite Rougeau.
« J’ai vendu 20 000 billets le mois dernier pour mon show au Centre Leonardo Da Vinci. »
Combien? 20 000? Pas 2 000 là? Et au Centre Leonardo Da Vinci de St-Léonard? Pas au Centre Bell ou Vidéotron là?
Une simple vérification nous permet de réaliser que la salle dans laquelle Rougeau a présenté son spectacle C’est qui l’boss? le 22 juin dernier contient 526 sièges. Ce fut sa seule représentation dans cette salle.
Vingt mille personnes, pour 526 sièges, on parle quand même de 38 personnes empiler les unes par-dessus les autres…par siège!
Trêve de plaisanteries, c’est aussi à cette salle de spectacle qu’ont été présentés les quatre événements de Lutte Académie en 2024. Si on tient pour acquis qu’il a vendu tous les billets pour ces spectacles, ce qui n’a pas été le cas, on parle de 2 630 billets.
En fait, il aurait fallu faire 38 salles combles à la salle Leonardo Da Vinci pour arriver à 20 000 billets.
En réponse à cet article, Jacques Rougeau a répondu « Le journaliste a fait une erreur, désolé, nous avons vendus (sic) Nathalie et moi $25,000 de billets, c’est ce que je lui avais dis (sic). »
Pourtant, à 40$ le billet, il faudrait vendre 625 billets pour arriver à des recettes de 25 000$. Je rappelle que la salle ne contient que 526 places. La salle de spectacle est liée par la confidentialité et ne pouvait pas me dire le nombre de billets vendus lorsque j’ai tenté de me renseigner.
Toutefois, j’ai parlé à deux personnes du milieu artistique québécois qui étaient présentes. Une me dit que c’était « pas mal plein » alors que l’autre me dit qu’il y avait du monde, mais qu’il y avait aussi des sièges vides. La veille de son spectacle, Jacques publiait sur Facebook qu’il ne restait que quelques billets, alors qu’à 16h15 la journée de son spectacle qui débutait à 19h, il disait qu’il restait environ 20 billets. Aucune photo de la salle remplie n’a été publiée et aucune mention qu’il s’agissait d’un spectacle à guichet fermé.
Encore une fois, difficile d’avoir la vérité dans tout ça.
Peu de soutien au Québec
Et finalement, lorsque Jacques mentionne que « ces lutteurs venus d’un océan à l’autre coûtaient cher en billets d’avion et en hôtels », en parlant des lutteurs et lutteuses qui se sont inscrits à Lutte Académie, ce qu’on ne mentionne pas c’est que Jacques avait presque été forcé d’aller voir du côté du Canada anglais pour son concours, étant donné la faible participation des lutteurs québécois à son projet.
Rougeau a d’ailleurs déclaré sur les ondes de LCN qu’il a « une visibilité mondiale à cause de ma notoriété. J’suis vu dans tous les podcasts à travers de la planète, suivi en Australie, en Europe, au Japon, suivi partout. Alors je leur donne une belle visibilité, mais ça coûte cher. »
D’ailleurs, pour plusieurs de ces lutteurs et lutteuses, le seul fait de se faire payer un voyage à Montréal valait le déplacement.
Malheureusement pour le concept, la réputation de Rougeau l’a toujours précédé et la scène locale québécoise était bien au fait de celle-ci.
Pour les intéressés, voici le lien de l’article .


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