Il était sur la pile de films à regarder depuis longtemps, mais le décès de Dusty Rhodes en a précipité le visionnage. Vous avez été nombreux cette semaine à m’écrire et à interagir avec moi, me montrant de la sympathie pour avoir dû regarder Le Baroudeur deux fois. Ce sont les risques du métier lorsque l’on cherche des trésors et de l’or, on tombe souvent sur du gravier et des arches perdues qui nous font fondre la face à l’ouverture. Je peux cependant dire que cette semaine, vous ne serez pas déçus. J’ai adoré The Wrestler!
Plus de 10 ans avant la sortie de I like to Hurt People, à l’époque des territoires de la lutte, où des promoteurs avaient chacun leur partie de l’Amérique du Nord pour y gérer leurs fédérations de lutte comme bon leur semblait, un promoteur du nom de Verne Gagne était proprio, booker et champion de sa propre compagnie, la AWA. À sa défense, il n’était pas le seul à se mettre de l’avant, alors que d’autres comme Fritz Von Erich (WCCW) étaient également les fondateurs, bookers et champions de leurs promotions. Même Vince Russo a essayé ça… C’était souvent une question de confiance, qu’ils n’avaient pas envers des mercenaires comme les lutteurs, individus sans allégeance qui ne sont là que pour nourrir leurs propres familles. Son territoire, surtout situé dans le Minnesota, lui permettait aussi d’organiser des galas à Chicago, Phoenix ou au nord de la Californie, entre autres. Il serait justifié de dire à une certaine époque qu’en plus de créer de grandes vedettes et d’être à l’origine de la Hulkamania, la AWA était probablement la promotion de lutte la plus populaire après la WWWF de Vince McMahon Sr (le père de M. McMahon) qui avait les environs de l’État de New-York, dont le mythique Madison Square Garden.

Je me permets de vous suggérer fortement ce DVD produit par la WWE sur l’histoire de la AWA. Très bon documentaire qui accompagne The Wrestler à merveille car on en parle dedans.
Verne, décédé en avril dernier, c’était un promoteur extrêmement intelligent qui n’arrêtait jamais de penser à comment il pouvait élargir le spectre de son entreprise. Il s’est donc fait quelque contacts à Hollywood et a décidé de produire un film, où il raconterait dans le médium bien différent du cinéma, comment la grande-finale d’un gala de lutte pourrait s’organiser et se tramer dans du drame humain. Bon… manque de budget oblige, c’est du gros série B qui me rappelle un peu les meilleurs Santo, avec sa musique jazz par dessus les combats de lutte. Un bon cachet 70’s.

Pour l’occasion, il produit un scénario d’Eugene Gump. Je profite officiellement de cette colonne pour laquelle j’ai Carte Blanche, pour caller bullshit sur “Eugene Gump”. Toutes mes recherches mènent à la non-existence de ce scénariste. J’affirme donc ici-même sur Lutte Québec qu’Eugene Gump est Verne Gagne sous un pseudonyme, car non seulement The Wrestler est-il produit par Verne, ce dernier en joue également le rôle principal. Vous connaissez la tendance de Verne Gagne à s’être mis over jusqu’à la fin de sa carrière, eh bien dans le film, il joue le « rôle » de Mike Bullard, le champion des champions. Imbattable champion incontesté Mondial. En fait Bullard (lire Verne) est tellement bon, que tout le monde pense qu’il va mourir avant de perdre un combat. Maintenant, sa femme, son promoteur et ses amis craignent qu’il ne meurt champion. Eugene Gump a écrit ça…? Mon cul! It was you Verne, it was you all along! D’ailleurs, et ça ça vous fera rire, voici la SEULE image que je trouve associée aux termes Eugene et Gump sur Google. Moi je l’ai rie pendant 5 minutes.Voilà…

Vous vous souviendrez des publicités Wrestlemania goes Hollywood à l’instant…

Y’a pas à dire, Verne se fait même bien paraître sur un court de Tennis en jouant une joute sans verser une goutte de sueur!

“Verne t’es tellement bon, tu ne pourras jamais perdre la ceinture, tu vas mourir dans le ring avant de perdre…”
Bref, le promoteur, Frank Bass (le légendaire Ed Asner pour jouer son rôle) se tourne vers l’Angleterre pour y trouver un futur aspirant en la personne de Billy Taylor (Billy fuckin‘ Robinson!), qui fait jaser sur ses prouesses toute la planète. Frank fera tout pour pour que Verne Mike décide de l’affronter lors de son « Superbowl of Wrestling (on est 10 ans avant le premier Wrestlemania) » à Chicago. Nous verrons entre temps quelques combats de Billy Taylor et ceux de Bullard en parallèles, qui, comme une bonne promo de lutte, nous laisseront des indices quant aux prises de finition, forces et faiblesses de chaque homme à garder en tête pour le combat final.

Le promoteur qui réfléchit sur le prochain adversaire de taille pour Mike Bullard dans ce magnifique plan…

Intéressant de noter que dans le film, les méchants veulent “arranger” les combats de lutte pour faire de l’argent, y allant de manœuvres pas du tout gais d’intimidation jusque dans les spas

Par chance, Frank peut compter sur l’aide de Dick The Bruiser et The Crusher et plus tard de Dusty Rhodes et Dick Murdoch!
Le film est un véritable cours de Lutte Professionnelle 101, classe de maître de 1h40 donnée par le professeur Gagne. Au delà de tout ce que l’histoire peut lui reprocher comme promoteur ou lutteur, force est d’admettre qu’il a produit l’un des meilleurs films tournant autour de la lutte professionnelle. Et les caméos! Que dire des caméos! Une trentaine de grands et légendaires lutteurs. Vous y verrez une scène géniale alors que Dirty Dick Murdoch & Dusty Rhodes se battent dans un bar avec… le méchant de Goldfinger, Odd Job, en mode full Odd Job. Il est joué par le lutteur hawaïen Harold Sakata. (Va falloir je vous face une chronique spéciale pour Harold un de ces jours… j’ai plusieurs films avec lui) C’est incroyable. Dusty n’a pas un gros rôle, mais comme dans tout ce qu’il faisait, il vole complètement la vedette, même s’il n’est que 10 minutes à l’écran!

Mais les méchants envoient… ODD JOB, méchant de Goldfinger pour leur péter la gueule…?!
Autre scène importante, c’est celle où les élèves de Verne Gagne font une démonstration de lutte amateur et lutte professionnelle, alors que Verne a enregistré par dessus le tout une narration sur l’Histoire de la lutte, les types de manœuvres, comment les appliquer et sur quelles bases reposent les principes de la business. Semblable à du documentaire, vous pourrez y voir Billy Robinson démontrer ses talents incroyables sur un jeune Jumpin‘ Jim Brunzell, scène qui rendrait les yeux du Iron Sheik humides devant l’humilité forcée de Brunzell. Robinson a l’air d’un bad ass et demi!

Oncle Verne nous parle des grands de la lutte dans ma scène favorite du film, qui remet en perspective toute la business. Ici le Mad Dog, un régulier de la AWA de l’époque. Je vous le dis, c’est un cours de Lutte 101.

Puis, il laisse Billy Robinson démolir Jim Brunzell, où l’accent est mis sur les raisons derrière chaque prise.

Et il nous parle des débuts de la lutte, chez les Romains, opposant les Légions, qui se livraient des concours entre les batailles pour se garder focus.
Je ne vous conterai pas la fin du film, mais je vous dirais que depuis, je trouve la fin du film The Wrestler avec Mickey Rourke de 2008 bien moins originale. Je me suis même surpris en regardant celui de 1974 à me dire « Ben voyons donc, ils font comme dans le film avec Mickey Rourke! », oubliant sur le coup que Verne l’avait devancé de plus de 34 ans… et celui de 2008 a fini aux Oscars imaginez-vous monsieur…

Un lutteur meurt d’un knee drop dans un combat. Mais à l’époque on était pas des moumounes. On l’annonce au micro, on tasse le cadavre et on passe à un autre match.
The Wrestler est essentiel à tous fans de lutte qui se respectent. C’est drôle, éducatif, impressionnant et important. Dites-vous que quand vous allez connaître tous les lutteurs qui y font un caméo et même reconnaître Ric Flair obèse avant son accident d’avion, vous allez être un maître de la discipline! Amazon offre le DVD pour moins de 10$. L’image de la copie DVD est horrible, mais j’imagine que c’est la meilleure que l’on décidera de restaurer pour les temps à venir. Garochez-vous!

Ric Flair obèse, Fat Flair, avant son accident d’avion de 1974 après lequel on lui a dit qu’il ne lutterait plus jamais… lol…

En fait v’là votre Bingo de lutteurs. Quand vous aurez trouvé tous ces messieurs, vous serez des Dieux. Je n’ai pas encore trouvé Ken Patera.
Semaine prochaine, Filmomania XIX, je n’ai pas encore décidé si je donne une autre chance au Rock ou si c’est Hogan, Piper ou un nouveau lutteur qui vont vous surprendre… à suivre.
En attendant, voici un combat entre Dick Murdoch & Dusty Rhodes contre The Crusher & Dick the Bruiser. Quatre gros blonds dans le film. Il ne manque que Pat Patterson & Ray Stevens et on aurait un combat de rêve!

“Maintenant voyons ce qu’on peut faire avec ça… on ne nous appelle pas Crusher et Bruiser pour rien.”

À la tienne mon Dusty, merci pour les souvenirs. Aussi aux 80% des lutteurs de ce film, qui sont également décédés aujourd’hui.
































































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