Les récents décès de Ludger Proulx et de Paul Leduc m’ont replongé dans un pan de l’histoire de la lutte au Québec encore peu documenté.
En discutant avec des gens qui ont connu la lutte locale avant moi et en lisant leurs témoignages sur les réseaux sociaux, je découvre de nouvelles pistes qui, de fil en aiguille, m’amènent à approfondir mes recherches.
Entre autres, une des choses que j’ai réalisées, c’est à quel point la ICW a laissé son empreinte sur le combat et la rivalité de l’année au Québec en 2024 : Jason Gray contre Keven Gray.
C’est à la ICW, dans le quartier Hochelaga à Montréal, que les frères Gray ont commencé à assister à des spectacles de lutte. Leur père, Grant Gray, y a longtemps lutté, lui qui faisait partie des rescapés des Loisirs St-Jean-Baptiste.
Ce combat a été présenté à la NWC, dont le propriétaire, Pierre « Bad Boy » Joly, a lui aussi fait ses premiers pas à la ICW. Il assistait aux spectacles de l’organisation sur la rue Saint-Germain lorsque Ludger l’a remarqué dans la foule et lui a demandé s’il voulait devenir lutteur. C’est là qu’il a appris le métier.
Puis, il y a Franck Drouin, scripteur en chef de la NWC en 2024 et celui qui a imaginé l’histoire entre les deux frères. Son père, Michel, a longtemps travaillé à la sécurité pour la ICW. Franck a donc grandi en assistant à ses spectacles, avant d’y faire lui aussi ses débuts.
Quand j’ai écrit mes 8 000 mots sur Ludger, je n’avais pas encore fait tous ces liens. Ce combat illustre pourtant à quel point la ICW a marqué la lutte au Québec et à quel point son influence se faisait encore sentir, 34 ans après sa fondation.
Le hardcore et l’internet
Une autre chose que j’ai réalisée, c’est à quel point la ICW a été avant-gardiste au Québec à une certaine époque. À la fin des années 1990, elle a vu la vague hardcore déferler sur Philadelphie, puis gagner la WWF et la WCW, et elle a décidé d’emboîter le pas.
Vous allez me dire que la IWS a été fondée autour de ce style de lutte. Oui, tout à fait. Mais à sa fondation, en 1999, elle ne présentait que quelques spectacles par année, dans des bars. La ICW, elle, était déjà une organisation bien établie qui présentait des spectacles chaque semaine.
Au même moment, la ICW est aussi la première promotion de lutte au Québec à utiliser les sites de lutte à son avantage, allant jusqu’à y recruter ses prochaines vedettes.
En 1999, Steve Charette et son site, lutte.com, sont tenus en haute estime par de nombreux amateurs de lutte au Québec. Fondé deux ans plus tôt, le site est devenu la référence pour les fans voulant s’informer en français sur la lutte. Charette a d’ailleurs été le premier de toute la francophonie à lancer un site consacré à la lutte.
Au Québec, il organise des concours en collaboration avec la WWF, la WCW, MusiquePlus et Lutte Internationale 2000. Paul Leduc y signe une chronique et le site couvre également la scène indépendante québécoise. Au printemps 1999, Steve Charette et lutte.com sont devenus des incontournables.
Le premier combat de barbelés au Québec
À l’approche de son spectacle du 1er mai 1999, Ludger a l’idée de se servir de lutte.com pour mousser l’événement et, d’une certaine façon, réunir les deux entités.
Il propose à Charette d’arbitrer le premier combat de barbelés de l’histoire du Québec, qui opposera les frères Proulx, Ludger et Serge. Le webmestre accepte, sans savoir que cette décision changera son parcours. D’abord arbitre invité, il s’implique de plus en plus, au point de devenir lutteur et de travailler en coulisses.
Le 31 juillet, Charette arbitre un autre combat de barbelés, cette fois entre Serge Proulx et Le Mobster. Ce type de combat deviendra d’ailleurs monnaie courante à la ICW.
Puis, le 5 octobre 1999, Charette ferme lutte.com après 28 mois d’existence. Le temps commence à lui manquer. Installé à Sherbrooke, il passe ses fins de semaine à Montréal pour la ICW. Son implication dans l’organisation contribue donc, en partie, à la fermeture du site.
Steve deviendra le « Roi du hardcore », un lutteur dans la veine de Mick Foley : plus limité dans l’arène, mais débordant de charisme, excellent au micro et doté de toute une tête de lutte. Il remportera le titre hardcore à de nombreuses reprises, en plus de devenir champion par équipe et champion de la ICW. En arrière-scène, il deviendra l’une des têtes dirigeantes de la CWA en 2004 et 2005, avant de prendre sa retraite officielle de la lutte quelques années plus tard. Le nom de domaine lutte.com lui appartient toujours!
Autre site, même résultat
Un an plus tard, un autre chroniqueur web fait son entrée à la ICW.
En juillet 1999, Pierre Bouchard et Martin Dubuc fondent le site Québec Lutte. Peu de temps après, un jeune chroniqueur du nom de Nicolas Brouillette se joint à eux.
Moins d’un an plus tard, Brouillette est à son tour invité à arbitrer un combat de barbelés à la ICW. Le 20 mai 2000, lors du tout premier Maximum Sans Limites, il arbitre un combat par équipe opposant Serge et Paul Proulx aux Nasty Freaks, le duo formé de Ludger Proulx et de Steve Charette.
Deux moments marquent ce combat. Tôt dans le match, Charette passe par-dessus le troisième câble, remplacé par des barbelés, et tombe directement sur la tête à l’extérieur du ring.
Puis, vers la fin, Helen, la conjointe de Ludger, voit ce dernier ressentir un serrement à la poitrine alors qu’il est coincé au milieu d’une structure de tables. Elle s’approche du ring et demande à Serge d’arrêter le combat. Mais Serge ne veut rien savoir. Paul et lui la frappent plutôt, puis lui portent un chokeslam sur la table du dessus. Les tables se fracassent, et Ludger se retrouve écrasé entre deux d’entre elles.
Le tout, bien entendu scripté à l’avance, sème l’émoi parmi les centaines de spectateurs présents. Les favoris de la foule parviennent toutefois à reprendre le dessus, et les Nasty Freaks remportent les titres par équipe.
Comme Charette, Brouillette deviendra lui aussi lutteur quelques semaines après ses débuts comme arbitre. Au fil des années, sous le nom de Nico le Prince, il remportera plusieurs titres, dont le championnat de la ICW à deux reprises, travaillera aussi en arrière-scene et s’imposera comme l’un des meilleurs heels et l’un des meilleurs lutteurs au Québec.
L’influence ICW
Le 11 novembre 2000, la IWS présente non seulement son premier spectacle sous la bannière de l’Internet Wrestling Syndicate, mais aussi, son premier combat de barbelés, 18 mois après celui entre Ludger et Serge, un match opposant PCP Crazy F’N Manny à Danny Dallas.
Danny Dallas est l’autre nom de lutteur qu’utilise alors Grant Gray.
Toute est dans toute comme on dit!


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