Je débute cette deuxième chronique canon avec une révélation : De tous les lutteurs qui ont décidé de se lancer en cinéma, Roddy Piper est mon préféré. De loin. Il se donne toujours à 100%, ne se prenant jamais au sérieux. On peut toujours compter sur lui pour livrer des performances généreuses, que ça soit pour vomir des one-liners Schwarzeneggeriens, livrer des combats de rue intenses ou y aller de monologues crémeux et profonds sur son lourd passé de flic alcoolique au cœur d’or. Piper a joué dans plus d’une trentaine de films, bons, mauvais, très mauvais ou difficilement évaluables, et contrairement à d’autres lutteurs/acteurs, Piper n’a pas besoin de jouer les durs parce qu’il a des gros bras bronzés, car Piper EST un dur à cuire, et ça parait dans sa face. Comédie, drame, horreur, sci-fi, fantastique, action… aucun genre n’est trop contraignant pour le Hot Rod!
Il y a tellement de films à traiter si l’on veut survoler la carrière cinématographique de Roddy que je vais essayer de commencer en vous parlant de la première fois que j’ai su qu’il n’y avait pas que Hulk Hogan qui apparaissait dans les films.
Nous sommes encore à la période des clubs vidéo, mais nous sommes en 1994 environ. Je suis en train d’effeuiller toutes les cassettes du Vidéo Cascade (bienvenue à Pointe-Calumet) et je suis secrètement dans la section des films 16 ans et + à regarder des boîtiers de films d’horreur à la recherche d’images graphiques et des films de nudité à la recherche du corps féminin. Vous savez les films avec des titres vagues possédant les mots suivants, décomposables dans les deux sens avec un chiffre en complémentaire, parfois : Pensée, obsession, interdit, mortelle, perverse, fatal, beauté, secret, intime, dangereux, pulsion, jeu, épreuve, plaisir, coupable, innocence, silence & accident (vous avez 10 ans de mauvais films avec ça). C’est alors en pleine découverte de mon hétérosexualité que je le vois, boîtier avec Roddy Piper, un gun et un gars qui s’appellerait « Billy Blanks ». Et c’est LE Roddy Piper, pas de doute… Un hic cependant, c’est qu’en 1994, j’avais 7 ans. Le film était classé 16 ans et + pour violence. Mes parents ne voulaient pas me le louer et le gars du club vidéo ne voulait pas perdre la clientèle de mes parents (aujourd’hui, je pense que c’était du chantage, mais bon).
Avance rapide en 2014, plus de 10 ans après la disparition de la VHS et de la plupart des clubs vidéo, je trouve cette cassette, « Coup de Force » (vf de « Back in Action »), dans un bazar, pour 1$. On va investir, me suis-je dit…
On retrouve donc Roddy Piper, dans le rôle de Frank Rossi, un policier endurci, qui frappe d’abord et pose les questions ensuite et Billy Blank dans celui d‘un ancien béret vert qui tente d’arracher sa sœur à un mafieux local, qui s’adonne être le même mafieux que Rossi essaie de coincer vivant. En voulez-vous du scénario de 20 livres! Frank et Billy se retrouveront donc souvent aux mêmes endroits pour des raisons différentes, raisons qui incluront en revanche toujours des coups de pied et des faces. Un moment donné, Piper et Blanks doivent se rendre à l’évidence qu’ils se nuisent mutuellement et que s’ils veulent une chance d’arriver à leurs fins, ils devront arrêter de se battre chaque fois qu’ils se croisent dans un bar et se concentrer sur leurs buts communs, ce qui inclura encore plus de coups de pied et plus de faces! Le film se déroule à L.A. mais est tourné en banlieue de Toronto, où le Hot Rod demeure. Comment on sait ça? Parce qu’à L.A., pas sûr qu’on retrouve des pubs de Labatt Blue et de Molson Dry dans les bars…
Je me permets de pointer un éléphant rose immédiatement qui sera un point névralgique de cette chronique : Dans un film qui met en vedette Roddy Piper, Hogan, Rock, Cena ou autre, on peut probablement s’entendre que le raisonnement derrière le casting est de profiter des 10-15 millions-ish fans de lutte en Amérique du Nord qui voudront voir leur héros briser des larynx et des vertèbres à des méchants génériques comme ils le font dans un ring. Bon. Hors, quand Roddy Piper règle ses comptes dans un ring, c’est avec des souplesses, des prises du sommeil et des bulldogs. Pas un 9mm. C’est donc peut-être une des choses que vous allez le plus apprécier dans les films de Piper. Il le sait ça! Attendez-vous donc à voir le Rowdy Roddy sortir son curriculum de lutte quand viendra le temps de se sortir de la merde! Autant il est bon acteur, autant il joue sérieusement, autant c’est jouissif de le voir en coat de cuir avec des jeans finir un dude avec un sale coup de la corde à linge! Il y a beaucoup de ça dans Coup de Force!
Le film produit en 1993 et réalisé par Paul Ziller et Steve DiMarco est sorti directement en VHS, un marché très important à l’époque. On prenait un film qui fonctionnait bien en salle (mettons… Lethal Weapon… mettons), et on en produisait 12 quasi-copies avec des acteurs moins chers, promettant une expérience à peu près similaire dans votre salon. Parfois ça marche et parfois ça plante. Force est d’admettre que le Coup a fonctionné (see what I did there!) puisque Blanks et Piper vont retravailler ensemble un an plus tard dans le plus sérieux « Tough and Deadly », mais ça, c’est une autre histoire…
Incroyable, mais vrai, Coup de Force n’existe toujours pas en DVD de ce côté-ci de l’océan. Mis à part les VHS difficiles à trouver (155$ en ce moment sur amazon.ca ), particulièrement en v.f., ou sa disponibilité anglophone en qualité variable une fois de temps en temps sur YouTube, si vous voulez/devez absolument voir Coup de Force, ça sera à l’aide d’un lecteur multizones (ou VLC) en commandant le coffret 5 films de Billy Blanks en zone 2, coffret honnête qui comprend les deux opus avec Piper, en belles versions françaises et transferts de qualité pour un peu plus de 15 Euros. Quand on s’écœure de chercher… et ça vient avec 3 autres délicieux films de Billy Blanks en plus. C’est de la bonne culture.
Assez rigolé pour cette semaine, mais avant, prenez le temps de regarder la bande-annonce, prise sur mon DVD région 2.
La semaine prochaine, vous ne le croirez pas qui sera la vedette de Filmomania III… oui, il a fait un film!…