Bonjour, encore, merci des commentaires lors de cette semaine de fou. Aujourd’hui j’aborde un sujet qui m’est demandé directement par le patron de lutte.quebec, alors pas vraiment le choix de dire oui. Il m’a demandé de décrire ma journée de samedi dernier. Samedi dernier, c’était ChallengeMania XXIII de la NCW. Notre plus gros gala de l’année. J’avoue que le nom ne fait pas trop original, mais je crois que la NCW a réussi, sur le réseau indépendant, à en faire un événement distinct et respecté.
Mais comment pourrais-je bien parler de samedi dernier sans faire un préambule qui remonte à plus d’une dizaine d’années en arrière? J’ai débuté à la NCW le gala tout de suite après ChallengeMania V (on va utiliser CM à l’avenir au lieu de ChallengeMania, car ça va revenir souvent), donc CM VI fut mon premier. Dans le temps, ça se tenait à l’aréna Marcel-Bonin de Joliette. Place où j’avais souvent joué au hockey avant, drôle comment la lutte m’a toujours ramené vers le hockey dans toutes ces années. Comme si les 2 activités étaient destinées à vivre en collaboration. Bon, c’est un autre sujet.
Revenons à CM. À ma 3e année de lutte, alors que Bertrand Hébert était scripteur, lors de CM VII, j’ai eu la chance de faire ma première finale de cet événement. C’est là qu’on apprend que pour la NCW, la finale de CM, c’est important. Tout y est plus compliqué, plus préparé, il faut être différent, surprendre encore plus. Une tradition avait été instaurée, faut la continuer. Ensuite les années se succédèrent où j’ai pu faire les finales de CM 10, 12, 13, 15 et le 16e. Mais le 16e ce fut par accident. Je devais faire la demi-finale, mais un participant de la finale s’est blessé 3 jours avant CM. Alors, pas le temps de l’annoncer et de changer les plans, il fallait un adversaire à notre Champion. Alors les 2 lutteurs de la demi-finale ont été ajoutés le jour même à la finale pour un combat triple menace. Je le compte comme une finale faite, mais qui n’était pas prévue du tout.
Alors, depuis, de 16 à 23, j’ai n’ai eu aucune présence en finale. Je ne suis pas du genre à m’en faire pour ça, mais disons, que cette année, ça m’a fait un petit velours. Ce n’était vraiment pas le plan original, mais les planètes se sont alignées. Ça a aussi beaucoup à voir avec la réaction de la foule dernièrement.
Alors, quelques semaines avant CM XXIII, faut commencer à planifier ce qui arrivera. On s’assure de monter le scénario pour que la dramatique soit à son comble, il faut bien que les gens sentent que Chakal contre Dru Onyx, ça mérite d’être l’attraction principale. La semaine avant CM, visite en studio pour enregistrer l’audio du montage vidéo qui passera avant mon combat. Expérience enrichissante mais pas toujours facile. Il faut plusieurs prises, improviser et ensuite, on réécoute tout pour choisir les bonnes phrases. Puis on les enregistre de nouveau avec des intonations différentes. 4h de travail, seulement pour l’audio pour donner ça:
La semaine ne fut pas facile, infection à la gorge, fièvre extrême, antibiotiques, repos, activité physique au minimum. Un mauvais timing. Ça aurait pu être pire, ça aurait pu arriver le week-end de CM, mais bon, pas idéal quand même dans le contexte.
Arrive le jour J, CM est dans moins de 12h après mon réveil. Pour la première fois depuis que je lutte, je sens une nervosité, habituellement c’est juste un enthousiasme, mais là, c’était nerveux. Comme avant un grand match de hockey quand je jouais compétitif. Habituellement à la lutte, je n’ai pas cette nervosité, celle devant l’inconnu, car tout est sous contrôle, mais là, c’était différent. J’avais un doute sur mon état physique; Serais-je capable de me rendre au bout. Oui, certain que je finirais la soirée, mais serais-je capable de le faire avec une fougue de la tradition de CM? Ça me faisait un peu peur, peur de décevoir les gens, mon adversaire et me décevoir moi-même.
Avance rapide jusqu’à 15h. Heure où j’arrive à la salle habituellement. On salue tout le monde, on blague question de se détendre. Lunch léger et café. Beaucoup de café. Une fois la salle prête, on révise, révise encore et encore et quand on a fini, on révise encore. On avait décidé de monter notre combat de façon différente. Je ne vous cacherai pas que, comme pour un film, il y a une formule pour monter le tout en espérant atteindre un climax à la fin. Mais nous sommes en finale de CM et il faut faire plus. Alors l’idée est de faire un peu de “Pulp Fiction” avec la formule standard. Question de jouer au maximum avec les émotions des fans et d’avoir une fin la moins prévisible que possible. Si on court-circuite le cerveau des fans dans ce qu’ils ont l’habitude de voir, on coupe leur anticipation et ainsi, on les oblige à être attentif et de se fier seulement à leurs émotions. C’était le plan. Mais ça implique encore plus de mémorisation et de complications possibles. Ça ajoute à la nervosité aussi.
Les heures qui suivent, même une fois le gala débuté, ressemblent aux précédentes. Répétitions, nervosité, étirements. Nous avions 3 arbitres, 2 gérants et mon partenaire en équipe à impliquer. Tout ce beau monde devait être là où il faut quand il le faut. Ça commence à faire gros pour un combat, aussi, faut laisser de la place aux réactions de la foule, jouer avec celle-ci. Dru et moi sommes un peu obsessif-compulsif à la lutte. Le moindre détail compte et ça va jusqu’au choix de couleurs que nous porterons. Depuis des années c’est la rivalité entre nous dans le vestiaire, à savoir qui sera prêt en premier. Même quand nous ne nous affrontons pas.
Après plus de 2h30 de gala, c’est notre tour. Une fois le montage vidéo passé, ma musique part et là, la nervosité me quitte, en mode exécution et prêt à l’action. Le match commençait très rude, je te disais en mode “Pulp Fiction”, alors on commençait avec le gros matériel directement. Le souffle très court mais ça se supporte. Mon adversaire lui, est en très grande forme et il est toujours une grande attraction. Ça aide. On va à un moment vers l’extérieur, tout va bien, mais les chutes sur le plancher dur, les barricades, c’est raide sur le corps. Puis aussi, nous sommes directement devant les fans, à moins de 30 cm d’eux, faut en donner plus. Puis on revient au ring avec un peu de technique, vraiment, un match qui va dans tous les sens. Rendu vers la fin, pour la première fois depuis que je lutte, j’ai dit à mon adversaire : “Donne-moi du temps”. Il me répond : “Ok, double chute jusqu’à 6”. 6 secondes, ça semble court, mais à la fois, ce fut très long!
J’ai mal. Vraiment mal. Ce n’est pas une douleur due à une mauvaise chute, ni due aux coups reçus, ça, ça se supporte. C’est la douleur qu’on ressent quand on a atteint sa limite, quand le corps te dit qu’il ne veut plus te suivre. Il le dit très clairement, chacune des parties de mon corps me le disent, ça crie “Stop” des orteils à la tête.
C’est exactement ce moment que les athlètes recherchent, le moment où on a l’occasion de vaincre le plus grand adversaire que nous aurons à affronter dans notre vie : soi-même. Pas question d’abandonner les fans présents, ni d’abandonner mon adversaire et surtout, ne pas abandonner ce que représente CM pour nous. C’est dans des rivalités comme ça que le côté compétitif prend le dessus. Dru et moi sommes des showmen à la lutte, mais venant tous deux du milieu du sport (lui au football), nous compétitionnons aussi pour nous surpasser et ainsi, faire que l’autre se surpasse aussi. À ce moment, on prend une hypothèque sur son futur et on dépense tout sur-le-champ. On va à la fin avec tout ce qu’on a. Quand j’ai rivé les épaules de mon adversaire pour le compte de 3, j’avoue ne pas avoir été capable de me mettre debout tout de suite. Mais il le fallait, fallait célébrer cette victoire avec les gens qui y ont participé, les fans.
C’est à ce moment que je me suis demandé : “Où sont donc passées les 10 dernières années?”. 10 ans se sont écoulés depuis que j’ai pu soulever cette ceinture. Bien pas elle en tant que telle, car la NCW l’a changée depuis, mais le championnat. Je ne suis pas du genre à courir les honneurs ou trucs du genre, mais celui-là me plaît plus que les autres. Avant, c’était un acquis, être Champion de la NCW ne faisait que partie du cours normal des choses, un plan de carrière atteint. Mais là, avec tout ce que ça englobait, les années passées, la pensée que ça se pourrait que ce soit la dernière fois, là, ça prend tout son sens.
Habituellement après un match, on fait un debriefing, voir ce qui a marché ou non et voir ce qui aurait pu être différent. Mais pas cette fois, nous avons juste profité du moment. Mais avec tout ça, une idée me vient avant de quitter pour, enfin, manger quelque chose : “Maintenant, faut travailler encore plus fort.” Donc, on recommence et on repart à zéro.








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