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28/12/2018 | Chroniques

Le Poing: Omer Marchessault et Jimmy Garvin au Temple de la Renommée de la Lutte au Québec

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Pat Laprade

Pat Laprade

Deux nouvelles personnes font leur entrée au Temple de la renommée de la Lutte au Québec. Il s’agit d’Omer Marchessault et de Jimmy Garvin.

Dans la catégorie des Québécois, Marchessault y fait enfin son entrée, lui qui se retrouvait sur les bulletins de vote depuis la toute première année en 2005. Il était passé tout près d’être intronisé en 2012, alors qu’il avait terminé deuxième derrière Larry Moquin. Cependant, dans les années qui avaient suivi, son rang avait curieusement baissé. Il était par contre revenu en force l’an dernier, terminant deuxième derrière Kevin Owens. Même s’il a commencé sa carrière comme lutteur, c’est en tant qu’arbitre qu’il a su se démarquer et atteindre le statut de légende au Québec. Il devient ainsi le deuxième arbitre à être intronisé, alors qu’Adrien Desbois l’avait été en 2015.

Étant donné que les retraites arrivent très tard ou n’existent tout simplement pas pour un lutteur professionnel, les règles pour être admis au temple de la renommée stipulent que la personne doit avoir performé pendant au moins 15 ans, ou avoir atteint l’âge de 35 ans, ou être décédé et avoir performé durant l’un des âges d’or de la lutte au Québec, pour une promotion mondiale d’importance ou avoir eu une carrière internationale d’importance. Pour les acteurs de la scène indépendante, qui existe au Québec depuis 1987, il faut que ces derniers aient eu une carrière internationale digne de mention. Sinon, il est très difficile de comparer les époques. Qui a eu une meilleure carrière entre Richard Charland et Franky the Mobster par exemple? Pas si évident que ça. Ces derniers seront réinsérés quand le moment sera mieux choisi. Le comité comprend d’anciens lutteurs, des lutteurs actuels, de même que plusieurs personnalités ayant suivi l’histoire de la lutte au Québec à différentes époques.

Parmi ceux qui sont passés près d’être intronisés cette année, notons Billy Two Rivers, qui a eu une carrière internationale assez impressionnante, Le Bourreau, Neil Guay, qui a entre autres fait équipe avec Hulk Hogan au début des années 80 et Tiger Jackson, le dernier des lutteurs nains québécois ayant connu du succès.

Du côté des non-Québécois, le comité doit uniquement considéré ce que les personnalités ont accompli au Québec. Parmi ceux qui ont suivi Garvin au niveau des votes cette année, on retrouve Yukon Eric, qui a longtemps lutté ici et qui a connu une superbe rivalité avec Killer Kowalski, Les Poudrés d’Hollywood, équipe bien connue des années 70 et le promoteur Vince McMahon.

Le meilleur arbitre de la province
Après avoir tenté sans succès de se classer pour l’équipe Olympique de lutte en 1936, Omer Marchessault se lance dans la lutte professionnelle. C’est en 1942 qu’il adopte d’abord l’identité du Masque Vert et en 1949, il adopte son personnage le plus connu, celui de la Merveille Masquée. C’est pour protéger son gagne-pain de pompier que Marchessault avait décidé de porter un masque.

« Mes patrons ne voyaient pas la lutte d’un bon œil, surtout jouer le rôle du vilain, c’était un mauvais exemple pour les jeunes. J’ai solutionné le problème en me voilant le visage », expliquait-t-il.

Après un titre de champion poids lourd junior en 1950, il devient arbitre pour la Commission athlétique de Montréal en 1951.

« Quand j’ai constaté que plusieurs combats ne rapportaient pas plus que 40 $ chacun et que je risquais ma carrière de pompier, j’ai choisi la sécurité. »

Omer Marchssault, qui comme à son habitude, soulève le bras du vainqueur, ici, Raymond Rougeau

Omer Marchssault, qui comme à son habitude, soulève le bras du vainqueur, ici, Raymond Rougeau

Il apprendra le métier de l’arbitre Dan Murray et occupera cette position jusqu’en 1975, arbitrant les plus grands combats de cette époque, incluant la dernière victoire d’Yvon Robert pour le championnat en 1955, le combat du siècle entre le Géant Ferré et Don Leo Jonathan pour Grand Prix et la victoire de Johnny Rougeau au Parc Jarry contre Abdullah the Butcher.

« Ce furent les 25 plus belles années de ma vie. J’avais l’estime et le respect du public et du monde de la lutte », expliquait-il à la Revue en 1988.

L’ancien animateur à Radio-Canada René Pothier raconte d’ailleurs une anecdote amusante sur Omer.

« J’ai eu à agir comme sonneur de cloche lors d’un gala présenté par les Entreprises sportives de l’est à St-Hyacinthe. L’arbitre du combat était Omer Marchessault. Pendant le combat, j’ai eu un moment de distraction qui a coïncidé avec un compte de trois de M. Marchessault, mettant fin au combat. Puisque je n’avais pas sonné la cloche, M. Marchessault m’a regardé avec des couteaux dans les yeux et m’a dit : ‘Qu’est-ce que tu fais?!?’ C’était assez gênant! »

Arbitre et lutteur n’ont pas été les seuls rôles qu’il a eus au cours de sa carrière. En 1973, il fut instructeur à l’école de lutte de Grand Prix alors que Richard Charland faisait partie de ses élèves. En 1983, il devient chronométreur pour la commission athlétique, poste qu’il occupera pendant plus de 10 ans à la lutte, à la boxe et au kickboxing. Après l’arrivée de la WWF, il demeurera longtemps la seule figure identifiable aux abords de l’arène de la glorieuse époque de la lutte à Montréal et ce, jusque dans les années 90. Toujours en amour avec le sport, il aura le même rôle dans l’ère indépendante de la lutte au Québec, soit avec la WTA. Mais le 26 décembre 1996, il décède, à l’âge vénérable de 83 ans. Un an auparavant la WWF l’avait honoré en compagnie de Bob Langevin au Forum de Montréal pour ses 60 années de service dans le domaine de la lutte. Plusieurs encore aujourd’hui le considèrent comme le meilleur arbitre de lutte que le Québec ait connu.

L’autre frère Garvin
À l’été 1985, le Québec vibrait au rythme de la lutte alors que la rivalité entre les frères Rougeau et les frères Garvin était à son apogée. Le 24 juin 1985, au Forum de Montréal, Jimmy et Ronnie Garvin, avec l’aide de leur valet Precious, avaient attaqué sauvagement Raymond Rougeau, son frère Jacques et leur père Jacques. Les médias avaient d’ailleurs appelé cet épisode « Le Massacre de la Saint-Jean-Baptiste ». S’en étaient suivis deux matchs revanches qui avaient attiré parmi les plus grosses foules de l’histoire du Forum.

Mais pour mieux comprendre, voici comment le tout avait commencé.

Juste avant le début de l’été 1985, Dino Bravo, une des têtes dirigeantes de Lutte Internationale, avait demandé à Rick Martel, alors champion de la AWA, de venir passer l’été au Québec. Mais Martel n’avait personne avec qui travailler.

« Dino me dit de lui envoyer quelqu’un, qu’ils allaient le préparer, pis quand j’allais rentrer il serait prêt pour moi », de raconter Martel.

Immédiatement, il pense à Jimmy Williams, mieux connu sous le nom de « Gorgeous » Jimmy Garvin. La conjointe de Jimmy, Precious, de son vrai nom Patty, est originaire de North Bay en Ontario et elle pourrait ainsi visiter ses parents, Montréal n’étant qu’à quelques heures de là.

Entre-temps, Ronnie Garvin, originaire de Montréal, décide de venir passer l’été à Montréal, chose qu’il n’avait pas fait depuis près de 20 ans.

« J’ai appelé Dino au printemps de 1985 pour avoir un combat par semaine, car je voulais passer l’été à Montréal avec mes parents. Je n’avais pas vu Jimmy depuis deux ou trois ans quand on s’est retrouvés à Montréal ensemble en même temps. On ne s’était pas consultés avant, explique Ronnie. Franchement, la rivalité avec les Rougeau, je n’y croyais pas au départ et je ne voulais pas lutter à temps plein. Mais l’angle était tellement fort que je n’ai pas vraiment eu le choix. »

Ronnie était le conjoint de la mère de Jimmy Garvin à cette époque donc il le connaissait bien. De plus, Jimmy avait été le gérant de Ronnie et Terry Garvin dans les années 70. Voyant une belle opportunité, la direction de Lutte Internationale change son fusil d’épaule, en décidant de mettre Jimmy et Ronnie en équipe, en « frères » Garvin et de les faire rivaliser avec l’équipe de frères la plus populaire du Québec, les Rougeau. Après avoir fait travailler quelques fois les Garvin en équipe, ils affrontent finalement les Rougeau le 24 juin au soir, lors du super gala de la Saint-Jean-Baptiste. À peine entré dans le ring, Jacques Rougeau fils se fait aveugler par Precious qui lui jette du fixatif aux yeux avec l’aide d’une bonbonne. Raymond tenta tant bien que mal de se défendre, mais il était en désavantage numérique. Afin d’égaliser le tout, Jacques père se porta à la défense de ses fils. Mais les Garvin l’attendaient de pied ferme et le paternel sortit du Forum sur une civière, sans parler de Jacques et Raymond qui étaient couverts de sang. C’était l’hystérie dans l’amphithéâtre!

Voici comment Jimmy Garvin se rappelle de cet événement.

« J’ai lutté pendant 23 ans, j’ai fait le tour du monde quatre fois et c’était l’une des plus violentes situations que j’ai vues. Les fans voulaient littéralement nous tuer et si ça n’avait pas été de la sécurité, ils l’auraient fait! »

« C’est comme si nous avions battu à mort le Pape! », d’ajouter Ronnie.

La rivalité s’est propagée aux quatre coins de la province.

« Nous avons établi des records d’assistance dans plusieurs villes cet été-là », se souvient Jacques Rougeau Sr, qui était dans le coin de ses fils.

Si dans l’après-midi du 29 juillet le Forum réagissait au changement d’entraîneur du Canadien de Montréal (Perron pour Lemaire), en soirée, 17 502 amateurs faisaient vibrer le vénérable amphithéâtre de la rue Ste-Catherine pour le premier combat revanche au Forum entre les deux équipes. Il s’agissait aussi du dernier événement entièrement présenté par des promoteurs du Québec au Forum et le tout avait été immortalisé sur la première cassette VHS de Lutte Internationale.

« Les Garvin étaient tellement détestés et les Rougeau tellement populaires, la réaction de la foule dépassait tout ce que j’avais vu jusqu’à ce point », ajoute Dave Meltzer qui couvre les coulisses de la lutte depuis plus de 30 ans et qui avait eu une copie du match.

Les Garvin avaient gagné par disqualification, question de faire continuer la rivalité un mois de plus. C’est donc le 26 août 1985 que le tout s’est terminé au Forum. Il s’agissait du premier événement conjoint entre la Lutte Internationale de Gino Brito et la WWF de Vince McMahon. Le match Rougeau-Garvin était présenté en demi-finale du combat entre Dino Bravo et King Tonga face aux ex-champions par équipe de la WWF, The Iron Sheik et Nikolai Volkoff. Ce soir-là, devant 21 500 fans, les Rougeau ont pris leur revanche sur les Garvin.

La rivalité entre les Rougeau et les Garvin a permis à Jimmy de faire son entrée au panthéon photo: Linda Boucher

La rivalité entre les Rougeau et les Garvin a permis à Jimmy de faire son entrée au panthéon photo: Linda Boucher

« Tellement que ça criait ce soir-là, ça faisait de la distorsion dans les oreilles… c’est la fois que ça a crié le plus fort dans ma carrière », de commenter Raymond.

Après le match, Vince McMahon n’avait pas eu des propos très éloquents sur le match.

« Que ce match ait été sur la carte ou non, ça n’aurait rien changé sur le nombre de personnes présentes », se rappelle encore Brito des dires de McMahon.

Raymond Rougeau pense autrement. « Par la réaction des gens, c’était le match qu’ils voulaient voir. »

Jimmy Garvin abonde dans le même sens. « Vous n’auriez pu avoir qu’un seul combat sur la carte, soit nous contre les Rougeau et le Forum aurait été à guichet fermé quand même. »

Après que la finale du gala ait été présentée devant une foule beaucoup moins enthousiaste, Brito avait regardé McMahon et lui avait dit : « The fuck you know ! ». C’est d’ailleurs par la suite que les choses se sont mal déroulées entre Vince et Gino.

Un dernier match attendait les deux équipes, soit le 2 septembre au Centre Paul-Sauvé, alors que les Garvin avaient perdu un match où les perdants devaient quitter la ville. L’été tirait à sa fin et Ronnie et Jimmy devaient quitter le Québec pour les États-Unis. Dans l’histoire des lutteurs qui ont attiré le plus au Québec, Garvin, à cause de cette rivalité, se classe dans le top 50. La seule raison pourquoi Ronnie fut intronisé dès la première année du Temple, c’est qu’il est un Québécois ayant remporté le titre de la NWA. Bien que Jimmy soit revenu pour sa rivalité avec Rick Martel en 1986, cela n’a jamais eu le même impact que la rivalité avec les Rougeau. En 1999, 14 ans plus tard, les deux équipes se sont affrontées une dernière fois, lors d’un événement organisé par Jacques Jr au Centre Pierre-Charbonneau. Une preuve que ce fut l’une des rivalités les plus fortes de l’histoire de la lutte au Québec.

Comme le « Massacre du Vendredi Saint », un match de hockey entre les Canadiens et les Nordiques d’avril 1984, le « Massacre de la Saint-Jean-Baptiste » restera dans les annales sportives du Québec, et ce, pour des années à venir.

Qu’est-ce qui nous attend pour 2019?
L’année prochaine sera tout aussi captivante alors que ce sera la première année sur les bulletins de votes pour Maryse Ouellet. Comme lutteuse, elle ne fait pas partie des meilleures que la province ait connues, cependant comme valet, elle a connu une solide carrière. Son retour à la WWE en 2016 a coïncidé avec un retour en force du Miz et je donne beaucoup de crédit à Maryse. Ensemble, ils font une équipe hors pair à la WWE. De plus, aucune autre Québécoise n’a eu autant de longévité à la WWE. Il sera aussi intéressant de voir comment Sami Zayn sera vu l’an prochain, lui qui n’a eu que 19% des votes cette année. Je m’explique toujours mal pourquoi Stan Stasiak ne fait toujours pas partie du Temple. Il a beau être méconnu dans sa propre province, le Saguenéen fait partie de la courte liste de Québécois ayant été champion de la WWE (WWWF à ce moment-là), a attiré de bonnes foules comme heel autant dans le nord-est que dans l’Oregon et même la WWE l’a intronisé dans son Temple.

Du côté des non-Québécois, je ne comprends pas comment Vince McMahon n’y est toujours pas. Qu’on pense qu’il ait tué la lutte locale ou pas, il est quand même le plus important promoteur de lutte en province depuis 30 ans et plusieurs grandes assistances dans le livre des records lui appartiennent. Randy Savage et Argentina Rocca, qui se retrouvent au 13e et 14e rang respectivement de ceux ayant attiré le plus au Québec, sont les plus hauts non-Québécois sur cette liste qui ne font pas encore partie du temple, et pourtant, ils sont en avant d’autres membres admis tels que Lou Thesz, Bret Hart et King Tonga.

Voici en terminant les autres membres élus dans le temple de la renommée de la lutte au Québec :

Québécois
Dino Bravo 2005
Eddy Creatchman 2005
Rick Martel 2005
Mad Dog Vachon 2005
Gino Brito 2005
Jos Leduc 2005
Yvon Robert 2005
Little Beaver 2005
Pat Patterson 2005
Johnny Rougeau 2005
Ronnie Garvin 2005
Paul Leduc 2005
Jacques Rougeau 2005
Jacques Rougeau Jr. 2005
Raymond Rougeau 2005
Tarzan Tyler 2005
Bob Langevin 2007
Hans Schmidt 2007
Michel Dubois 2008
Paul Vachon 2008
Frenchy Martin 2008
Pierre Lefebvre 2008
Sky Low Low 2009
Vivian Vachon 2010
Pat Girard 2010
Michel Normandin 2011
Frank Valois 2011
Larry Moquin 2012
Pierre-Carl Ouellet 2013
Jack Britton 2014
Adrien Desbois 2015
Frères Baillargeon 2015
Richard Charland 2016
Gilles Poisson 2016
Kevin Owens 2017

Non-Québécois
Abdullah the Butcher 2006
Édouard Carpentier 2006
Andre the Giant 2006
Killer Kowalski 2007
Don Leo Jonathan 2007
Buddy Rogers 2008
Lou Thesz 2008
Hulk Hogan 2010
Eddie Quinn 2010
Ivan Koloff 2011
The Sheik 2012
King Tonga 2013
Sailor White 2014
Road Warriors 2015
Billy Robinson 2015
Bobby Managoff 2016
Bret Hart 2017

Pionniers
George Kennedy 2014
Eugène Tremblay 2017

Resto-Bar
Cette chronique est une presentation du Resto-Bar Coin du Métro. Le Resto-Bar Coin du Métro, 10 719 Lajeunesse, l’endroit par excellence pour tous les événements sportifs tels que le hockey, le soccer, la boxe, la lutte et le football à Montréal! Vous pouvez aussi consulter leur page Facebook.

Bonne lutte à tous et à toutes!

Si vous avez des questions, des suggestions ou des commentaires, n’hésitez pas à communiquer avec moi au patric_laprade@videotron.ca, sur ma page Facebook ou sur mon compte Twitter ou sur Instagram toujours sous Pat Laprade.

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