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21/09/2019 | Chroniques

L’ancien lutteur Fernand Fréchette décède à l’âge de 75 ans

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Fernand 3

Fernand Fréchette, un ancien lutteur québécois, aussi connu pour avoir campé les personnages masqués des Green Hornets et des Scorpions, est décédé mardi dernier, le 17 septembre 2019, à l’âge de 75 ans.

En rémission d’un cancer des poumons depuis deux ans environ, les traitements de chimiothérapies et de radiothérapies, combinés à l’asthme et l’emphysème dont il était aussi atteint, ont créé des cavités dans ses poumons. Moins résistant aux bactéries, il faisait des pneumonies et des bronchites à répétition. Une semaine avant son décès, il avait été admis aux soins de conforts de l’hôpital Pierre-Boucher à Longueuil. Ayant arrêté la prise d’antibiotiques sous les conseils du médecin qui considérait que le tout était rendu de l’acharnement, sa condition s’est détériorée très rapidement, plus vite même que ce que la famille le pensait. Étrangement, il était à l’hôpital en même temps qu’un autre ancien lutteur d’ici, Lionel Robert, qui lui a fait un AVC dans les dernières semaines. La situation de Robert s’est cependant améliorée depuis.

Fernand en début de carrière crédit: collection personnelle de Fernand Fréchette

Fernand en début de carrière

Né le 16 décembre 1943 à Trois-Rivières, Fernand Fréchette était un grand amateur de lutte dans sa jeunesse. Déménagé à Montréal en 1954, son parrain, un mordu de lutte, l’amenait à chaque mercredi au Forum de Montréal. Deux ans plus tard, à l’âge de 13 ans seulement, il a commencé à aller aux Loisirs St-Jean-Baptiste pour apprendre à lutter. Il y est demeuré de 1957 à 1965. En 1967, il est finalement sorti des Loisirs pour aller lutter pour le Grand Antonio, qui avait sa propre organisation de lutte à l’époque. Mais c’est à partir de 1969 que sa carrière a vraiment décollé, alors qu’il a commencé à lutter pour les As de la Lutte, propriété de Johnny Rougeau.

Les Green Hornets, c’était surtout lui

En effet, au printemps de 1969, Rougeau avait pris deux jeunes lutteurs, Michel Lamarche et Alexandre Lépine, et en avait fait les Green Hornets, deux personnages masqués basés sur le célèbre personnage de bandes dessinées. Ils étaient connus simplement sous Green Hornet #1 et Green Hornet #2. Mais l’aventure n’avait duré qu’un seul mois, alors que Rougeau ne croyait pas que Lamarche était prêt pour les grandes ligues. Il l’a donc remplacé par Fréchette.

Fernand Fréchette, à l'époque des Green Hornets

Fernand Fréchette, à l’époque des Green Hornets

« Johnny était venu me voir et m’a fait faire un combat dans le costume du Green Hornet, me racontait Fréchette lorsque je l’avais rencontré en 2011. J’ai gardé le costume pendant deux ans avec Lépine. »

Pour sa part, Lamarche, décédé le 5 janvier dernier, irait se perfectionner dans les Maritimes et à Kansas City, avant de revenir pour les As de la Lutte sous le nom de Michel Dubois. Mieux connu par la suite sous le surnom de « Justice » Dubois, il connaîtra également du succès aux États-Unis sous le nom d’Alexis Smirnoff. De son côté, Lépine sera mieux connu quelques années plus tard sous le nom de Cowboy Jones.

Après deux ans, toujours dans le costume des Green Hornets, Lépine a été remplacé par Len Shelley, pour finalement laisser sa place à Chin Lee.

« Avec Chin, nous avons eu des finales mémorables contre Johnny et Jacques Rougeau », se souvenait Fernand.

Personnage souvent oublié de l’histoire de la lutte québécoise, Fréchette aura lutté pendant environ trois ans sous le costume des Green Hornets. Souvent utilisé dans les préliminaires, ils avaient tout de même la chance de lutter devant de grosses foules, comme par exemple le 30 mars 1970, alors que plus de 15 000 étaient entassées au Forum de Montréal pour voir l’attraction principale entre Johnny Rougeau et Abdullah the Butcher. Les Hornets pour leur part luttaient dans un match handicap face à Jos Leduc. Toujours en 1970, Fréchette avait lutté à Montréal contre un jeune américain qui en était à son tout premier combat en carrière, Kevin Sullivan. Ce dernier connaîtra une carrière internationale, luttant entre autres pour la NWA, les promotions Jim Crockett et la WCW. Il sera également un scripteur en chef très connu dans le milieu.

Comme plusieurs autres de ses pairs, Lee et Fréchette joindront les rangs de Lutte Grand Prix en janvier 1972, alors que le territoire était divisé en deux. C’était la guerre entre les As et Grand Prix, une rivalité similaire à celle que les amateurs connaîtront des années plus tard avec la WWF et la WCW. Ils étaient d’ailleurs sur la carte lorsque Grand Prix a ramené la lutte à Ottawa, le 31 janvier 2972, après quelques années d’inactivité. Pendant que le Géant Ferré défaisait Paul Vachon, les Hornets avaient eu le dessus sur Pierre Gagné et Akim Manuka en moins de 13 minutes.

Retour chez les As et création des Scorpions

Ils sont demeurés plus ou moins un an avec Grand Prix avant de retourner pour les As.

« Lorsqu’on avait quitté, Johnny nous avait dit qu’on ne lutterait plus jamais pour lui. Mais quand le temps fut venu, il nous a accueillis à bras ouvert », se rappelait Fréchette, en riant.

Toutefois, Rougeau croyait que les personnages des Green Hornets avaient fait leur temps et voulait quelque chose de nouveau. C’est alors que sont nés les Scorpions, deux autres personnages masqués, habillés tout en rouge et noir, avec un scorpion en plein centre et un « s » sur la ceinture. Il s’agissait d’une idée futuriste à l’époque, toute droit sortie de l’imaginaire de Fréchette. Au total, Fréchette et Lee lutteront ensemble un peu partout pendant six ans, incluant le Japon, où les costumes des Scorpions recevaient une bonne réaction des amateurs. Reconnu pour avoir la capacité d’avoir un bon match avec presque n’importe qui, Lee a aussi été très important dans la carrière de Fréchette.

« Chin a aidé bien du monde, bien des jeunes, Sans lui, je n’aurais pas passé à travers le Japon, entre autres », avouait Fréchette.

Fréchette avait créé les personnages des Scorpions

Fréchette avait créé les personnages des Scorpions

En 1974, alors que Grand Prix avait perdu tout son monentum, les As et Grand Prix avaient présenté des événements conjoints. Le premier à Montréal est celui qui avait eu le plus de succès, alors que Jacques Rougeau père affrontait Don Leo Jonathan devant 18 000 spectateurs. L’idée étant de présenter des matchs entres les lutteurs des As et ceux de Grand Prix, les Scorpions avaient affrontés les Italiens, Dino Bravo et Gino Brito.

« Je l’ai toujours bien aimé Fernand. Son décès m’attriste vraiment », a dit Gino Brito.

Ils ont lutté pour Johnny Rougeau jusqu’à la fermeture des As de la Lutte en 1976. Il était alors de plus en plus difficile de faire carrière uniquement au Québec. Les Scorpions ont donc lutté ailleurs au Canada, comme en Alberta et en Saskatchewan. C’est aussi à ce moment-là qu’ils ont lutté au Japon. En avril et en mai 1976, ils ont fait partie d’une tournée au Japon pour l’IWE, la troisième promotion en importance au Japon à l’époque, affrontant des gars comme Rusher Kimura, Mighty Inoue, Great Kusatsu et Animal Hamaguchi. Ils y étaient également retournés en mars et avril 1978.

Toutefois, la carrière de Fernand restera concentrer au Québec. Il préférait la sécurité de son travail à la ville de Montréal qu’à la vie incertaine de lutteur professionnel. À l’aube de la nouvelle décennie et maintenant âgé de 36 ans, Fréchette voyait la fin de sa carrière arriver. « J’ai lutté au début des années 1980 pour Lionel Provost, puis en 1983, j’ai tout arrêté », m’avait-il dit, sans regretté aucun de ses choix.

Il y avait un lien spécial entre ceux qui avaient eu la chance de lutter aux Loisirs. Malgré sa retraite, Fernand était demeuré ami avec plusieurs autres lutteurs ayant fréquenté les Loisirs et son entraîneur Pat Girard, tels que Lee, Louis Laurence, Jim Kelly, les frères Ludger et Serge Proulx, Georges Guimond et Johnny War Eagle. Ce dernier avait aussi beaucoup voyagé avec Fréchette.

Le personnage du Scorpion lui avait permis de lutter au Japon  crédit: collection personnelle de Fernand Fréchette

Le personnage du Scorpion lui avait permis de lutter au Japon

Merci Fernand!

Sur une note plus personnelle, Fernand Fréchette fait partie de ceux qui m’ont beaucoup aidé lorsque j’ai commencé à travailler sur « À la semaine prochaine, si Dieu le veut », le livre sur l’histoire de la lutte québécoise que j’ai écrit avec Bertrand Hébert. C’est le promoteur de l’ICW, Ludger Proulx, qui m’avait parlé de lui le premier, alors que j’apprenais encore sur l’histoire de la lutte au Québec. Il m’avait d’ailleurs donné ses coordonnées. J’avais contacté Fernand et il m’avait reçu chez lui à deux reprises. Il avait été très généreux en me donnant plusieurs heures d’entrevues et en me permettant de numériser sa collection de photos et de souvenirs de lutte. Il était venu à notre lancement en 2013 et on a toujours gardé contact par la suite. Je ne me suis jamais gêné pour l’appeler si j’avais une question ou une information à préciser. La vie étant ce qu’elle est, ça faisait quelques années qu’on ne s’était pas parlé lorsque j’ai appris qu’il avait été malade. Avant qu’il ne soit trop tard, j’ai donc appelé Fernand au début de l’été. J’étais content de m’entretenir une fois de plus avec lui. Étrangement, j’avais la vive impression qu’on se faisait nos adieux. Pourtant, à ce moment-là, même sa fille ne croyait pas que son père n’en avait que pour quelques mois. Je l’ai remercié pour toute l’aide qu’il m’avait apporté et je lui ai dit de prendre soin de lui. Ce fut notre dernière conversation. Il était apprécié par ses pairs et je peux comprendre pourquoi.

Fernand Fréchette laisse dans le deuil son épouse des 54 dernières années Jeannine, ainsi que leur fille unique, Manon. La famille recevra les condoléances le dimanche 6 octobre 2019 à compter de 10h au salon funéraire Lajeunesse Fortin Cenac, au 540 boul. Ste-Foy, à Longueuil. Un hommage personnalisé lui sera rendu à 14h30.

Mise à jour: Plusieurs personnalités du monde de la lutte ont rendu un dernier hommage à Fernand Fréchette, telles que Gino Brito, Gilles Poisson, Ludger Proulx, Pierre Gagné et Dan Ferris.

**Toutes les photos proviennent de la collection personnelle de Fernand Fréchette, sauf celle de la page titre qui provient de Louis Laurence.**

***Une partie du texte provient du livre À la semaine prochaine, si Dieu le veut, coécrit avec Bertrand Hébert et publié chez Libre Expression.***

 

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