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25/05/2015 | Chroniques

La deuxième passion de Johnny Rougeau: le hockey

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Pat Laprade

Pat Laprade

C’était une soirée de consécration ultime pour Jean « Johnny » Rougeau, le 8 avril dernier, lors du gala des Rondelles d’Or présenté par la Ligue de Hockey Junior Majeur du Québec.

En effet, l’ex-lutteur et promoteur fut intronisé au sein du Temple de la Renommée de la LHJMQ, presque 32 ans après son décès, qui est célébré aujourd’hui en ce 25 mai. Il s’agit d’ailleurs du premier hommage posthume pour la ligue, coïncidant ainsi avec le 20e anniversaire des intronisations.

Non seulement Rougeau était propriétaire d’une concession lors de la première saison de la ligue, mais il fut aussi entraîneur, directeur-général, gouverneur et ultimement, président de la ligue.

« La décision est venue presqu’unanimement de la part du comité, a affirmé Michel Côté, président du comité d’intronisation, lors d’une entrevue avec Lutte.Quebec. C’est le 20e, alors nous nous sommes dit qu’il fallait en profiter et nommer quelqu’un à titre posthume. Les gouverneurs et le commissaire étaient tous d’accord avec la décision. »

Pour Gilles Courteau, le commissaire de la LHJMQ depuis bientôt 30 ans, le choix de Johnny Rougeau comme premier intronisé posthume allait de soi.

« Quand on a commencé, on savait qu’on avait une récupération assez importante à faire. On a décidé d’y aller étape par étape, de ne pas y aller d’une intronisation en masse, a expliqué M. Courteau lors d’une entrevue exclusive. M. Rougeau a représenté quelqu’un qui a été dans la ligue pour les bonnes raisons. Il a fait beaucoup pour le hockey junior à Laval et pour la ligue. Il a été un innovateur en développant le côté commandite au niveau de la ligue. Il a fait beaucoup à cet effet-là. Il avait une très belle personnalité et une bonne prestance comme président. Il était capable de faire passer ses idées. C’est dommage que la maladie l’ait emporté parce qu’il aurait été président de la ligue pour plusieurs années. Il a créé un très gros impact lorsqu’il a été président. »

Gilles Courteau en compagnie de l'une des filles de Johnny, Suzanne  photo: LHJMQ

Gilles Courteau en compagnie de l’une des filles de Johnny, Suzanne photo: LHJMQ

L’un des aspects que Rougeau a introduit lorsqu’il était président est l’implication de la ligue dans la scolarisation des jeunes joueurs, ce qui est une chose bien ancrée avec les nombreuses bourses d’études.

« C’est un dossier qu’il avait commencé à parler à l’époque. Il voulait regarder, prendre le temps de faire en sorte que ça puisse fonctionner convenablement, pour être une chose qu’on mettrait en place. Les études étaient déjà une priorité pour M. Rougeau », a expliqué Courteau.

Michel Côté en ajoute :

« Il était tellement populaire, il avait une droiture, c’était encore un personnage qui avait marqué la ligue. Ça n’avait pas été difficile à le convaincre de prendre le poste de président. La lutte, c’était complètement fini. Jean amenait aussi son leadership. La ligue avait besoin d’un peu plus de rigueur et c’est ce que Jean avait apporté. Ça a été l’un des éléments déclencheurs, sinon l’élément déclencheur qui fait qu’aujourd’hui il y a un sérieux de mis dans les études par les jeunes de la ligue. C’est tout à l’honneur de la ligue et les premiers pas ont été faits avec M. Rougeau et Jean Trottier, qu’il avait engagé comme pédagogue, afin de suivre les activités scolaires des jeunes. »

Johnny était un gardien de but plus jeune, rôle qu'il repris dans son équipe des As de la Lutte!

Johnny était un gardien de but plus jeune, rôle qu’il a repris dans son équipe de Sur le Matelas!

Jeune, Rougeau voulait devenir joueur de hockey. Il a gardé les buts pour plusieurs écoles avant de jouer quelques parties avec le National de Montréal de la ligue Junior « A » au milieu des années 40. Mais de son propre aveu, il n’avait pas le talent suffisant pour devenir professionnel. Cependant, son amour pour le sport national des Québécois n’a jamais diminué et lorsque l’occasion s’est présentée à la fin des années 60, il ne l’a pas laissé filer.

Rosemont, Laval, Ménick et compagnie
Il s’est d’abord porté acquéreur d’un club junior de la ligue Métropolitaine, les Bombardiers de Rosemont, pour le renommer le National de Rosemont, en l’honneur des équipes qu’avaient produit la Palestre Nationale, grand centre sportif de Montréal, où justement on y jouait au hockey et où on y pratiquait la lutte.

L’année 1969 a également marqué la toute première saison de ce qui deviendra la LHJMQ, mais qu’on appelait à l’époque la ligue de hockey junior « A » du Québec, un amalgame de deux circuits de hockey junior. Rougeau en est même devenu le vice-président lors de cette première campagne. Par contre, après deux saisons au centre Paul-Sauvé, Rougeau déménage l’équipe à Laval. Mais coup de théâtre! En juin 1973, Rougeau vend son club pour ainsi retourner à sa première passion, la lutte professionnelle. Trois années plus tard, en 1976, avec la lutte professionnelle qui devenait de moins en moins populaire et sachant qu’il perdrait son émission de télévision au Canal 10, Sur le Matelas, Rougeau vend les As de la Lutte et décide de revenir dans le hockey junior en rachetant le National.

C’est alors que Rougeau se muni d’une équipe de communications assez extraordinaire. En effet, plusieurs personnalités qui sont maintenant connues des Québécois ont œuvré pour Rougeau lors de ce retour.

Le barbier des sportifs Ménick, Richard Morency, qui deviendra pendant 10 ans le vice-président des Expos de Montréal, le photographe du Journal de Montréal de l’époque, André « Toto » Gingras, de même que Pierre Lacroix, qui deviendra ultimement président de l’Avalanche du Colorado. Même le gérant d’affaires de Maurice « Mad Dog » Vachon et publiciste de renom, Michel Longtin, fut engagé par Rougeau.

Suzanne Rougeau avec les autres intronisés de la soirée: Martin Brodeur, Martin Gélinas, Michel Therrien et Billy Campbell  photo: LHJMQ

Suzanne Rougeau avec les autres intronisés de la soirée: Martin Brodeur, Martin Gélinas, Michel Therrien et Billy Campbell photo: LHJMQ

« Je travaillais depuis longtemps avec le Comité des Jeunes de Rosemont et je m’occupais beaucoup des sports amateurs dans le coin. Johnny était un client du salon, a raconté le célèbre barbier. Je lui ai dit que je pouvais emmener Pierre Lacroix qui travaillait alors chez O’Keefe et Richard Morency, qui lui travaillait chez CCM. On était toute une équipe aux relations publiques. J’ai finalement œuvré 14 ans au sein d’un club de la ligue. »

Pour Richard Morency, ce fut aussi une belle expérience.

« Notre rôle à Pierre et moi était de développer des concepts promotionnels. Nous y avons travaillé pendant un an et demi et on a quitté en raison de nos occupations personnelles, a-t-il expliqué lors du cocktail d’avant-gala. Il avait tellement le sens des affaires, qu’il pouvait développer des choses bien spéciales, comme à la lutte où il pouvait monter des choses spectaculaires. Nous on apprenait à ce moment-là. Il démontrait un réel savoir-faire. »

Lors de ce retour, Rougeau siégea une fois de plus comme gouverneur de l’équipe, mais aussi comme directeur-gérant. Il avait même remplacé son entraîneur Jacques St-Jean à quelques reprises lors de la saison 1977-78 et surtout, lors de la fameuse série contre les Castors de Sherbrooke au printemps de 1978. Suite à deux bagarres générales, Rougeau avait lui-même été suspendu pour le reste de la série. Des poursuites avaient d’ailleurs été intentées de part et d’autres. C’en fut assez pour Rougeau. Il voulait se concentrer sur son restaurant à Entrelacs, situé à la frontière des Laurentides et de Lanaudière et décida de vendre à nouveau son club de hockey, cette fois-ci pour la dernière fois. Il termina sa carrière d’entraîneur avec une fiche de 38 victoires, 72 défaites et un match nul en 111 parties et ajoutant 1 victoire et 4 défaites en séries éliminatoires. Le National pour sa part allait devenir les Voisins, les Titans et aujourd’hui, le Titan d’Acadie-Bathurst.

Suzanne Rougeau avec la plaque en l'honneur de son père  photo: LHJMQ

Suzanne Rougeau avec la plaque en l’honneur de son père photo: LHJMQ

C’est trois ans après avoir vend le club que Rougeau allait devenir le président de la ligue, soit le 8 août 1981. Dans sa biographie, il raconte qu’il ne se savait pas malade à ce moment-là, sinon, il n’aurait pas accepté le poste.

En effet, peu de temps après, le diagnostic était tombé : il souffrait d’un cancer. Il a tout de même maintenu ses fonctions jusqu’au 14 mai 1983, soit 11 jours avant son décès.

Ironiquement, ses funérailles ont eu lieu le 28 mai, jour du repêchage de la LHJMQ. Jean Béliveau, Dickie Moore, Toe Blake, Jacques Laperrière, des représentants de la LHJMQ, des Nordiques, des Expos et plusieurs personnalités du monde de la lutte professionnelle faisaient partie des quelques 7 000 personnes ayant envahi les alentours de l’église.

Lors de la saison suivante, la ligue a décidé de renommer le trophée remis aux champions de la saison régulière en son honneur, un trophée qui représentait bien Rougeau selon Gilles Courteau.

« Ça représentait bien Jean Rougeau. Tout ce qu’une équipe fait pendant une saison tout le travail fait pour obtenir le championnat de la saison régulière, c’est à l’image de M. Rougeau et je pense qu’on ne peut pas lui donner un meilleur nom que ça. »

Et la lutte dans tout ça?
Tous les intervenants s’entendent pour dire que le passé de lutteur et de promoteur de Rougeau n’a jamais été un problème pour la ligue.

« Tout le monde reconnaissait le travail que M. Rougeau avait fait comme lutteur professionnel et comme organisateur au niveau de la lutte. Ce n’est pas une situation qui a été problématique. Il amenait plus de positif que de négatif, à cause de sa réputation et de son expérience. C’était un rassembleur, quelqu’un qui avait une belle vision. Ça a été un ajout positif pour notre ligue », résume M. Courteau.

Ménick, qui a un respect sans borne pour l’homme qu’était Jean Rougeau, abonde dans le même sens.

« On allait voir les commanditaires, les détenteurs de billets de saison et le monde capotait de le voir en personne. Johnny allait les remercier. Il travaillait à la mitaine. Être populaire, ça aidait, ça ouvrait des portes. »

Cependant, on peut sortir un homme de la lutte, mais on ne peut sortir la lutte d’un homme.

En 1969, M. Rougeau avait nommé le secrétaire-trésorier des As de la Lutte, Jos Bélanger, au même poste. Mais il avait surtout engagé un ancien lutteur comme premier entraîneur de sa nouvelle équipe, soit Jean-Guy Marchand, mieux connu sous le nom de Butch Morgan. Il avait aussi instauré le trophée des Frères Leduc, pour ainsi récompenser le joueur le plus agressif ! Autre temps, autres mœurs !

« Il avait présenté son nouvel entraîneur en conférence de presse, l’ancien gardien Denis DeJordy, dans une boite de frigidaire en carton, se souvient Ménick. C’était un gars de show, de spectacle, c’était en lui. DeJordy n’avait pas trop aimé ça. Mais M. Rougeau faisait tout pour faire un show! »

L’ancien gardien de but, maintenant agent, Robert « Bob » Sauvé, a joué sous l’égide de Rougeau lors de la campagne 1972-73 et en garde de bons souvenirs.

« On voyait souvent les lutteurs à nos matchs. M. Rougeau voyageait avec nous. Tout le monde avait beaucoup de respect pour lui. À tous les jours on avait des combats de lutte dans la chambre. On côtoyait les lutteurs de façon courante. Il y en avait partout dans les estrades. Ils venaient sur la route avec nous. On nous laissait souvent tranquille! C’était des bonnes années. J’en garde un souvenir extraordinaire! »

Sauvé et le membre du temple de la renommée de la Ligue Nationale de Hockey, Michael Bossy, sont les deux noms les plus connus à avoir joué pour Johnny. Bossy avait 15 ans lorsqu’il a débuté pour le National et Rougeau en prenant soin.

« Même si le hockey n’était pas sa spécialité, il avait une prestance, mais avec nous il était très gentil et nous traitait un peu comme ses enfants, s’est souvenu Sauvé lorsque joint au téléphone. Il était du genre rassembleur, mais il était très axé sur la discipline. Par exemple, on se faisait couper les cheveux dans la chambre à tous les premiers du mois par Ménick. J’avais une excellente relation avec lui. On avait tous une bonne relation avec lui. Il commandait le respect. »

C’est l’une de ses deux filles, Suzanne, qui a reçu la plaque et la bague au nom de son père, devenant par le fait même la première dame à enfiler ce prestigieux bijou.

« Je considère que c’est un grand honneur, c’est une marque de reconnaissance pour mon père et ce qu’il a fait pour la ligue, a exprimé Mme Rougeau lorsque rencontré par Lutte.Quebec. Sa nomination de président à la fin de sa vie lui a permis d’atteindre ses objectifs au niveau affaires. Il dirait qu’il se sent privilégié d’avoir cette marque de reconnaissance là, surtout l’intégration du volet scolaire. Ce fut un fait marquant dans sa carrière. Même si c’est un homme d’affaires qui a été impliqué dans plusieurs milieux, il a eu une passion et un intérêt pour le hockey, et dans l’encadrement des jeunes et idéalement les faire passer dans la LNH. Je pense que ça a été une marque de reconnaissance ultime dans son parcours de vie. »

Jacques et Johnny Rougeau, la première génération de frères Rougeau

Jacques et Johnny Rougeau, la première génération de frères Rougeau

Pour son frère, Jacques, c’est tout un honneur que Johnny reçoit.

« C’est une fierté pour la famille et un honneur qu’il méritait. Je suis content qu’on reconnaisse son travail qu’il a fait pour la ligue. Le hockey, c’était une deuxième passion pour lui. Mon frère aurait été fier et honoré qu’on lui rendre cet ultime hommage. »

Et si Johnny a permis à la ligue de continuer certains de ses dossiers, il lui permet encore d’ouvrir ses portes à quelque chose de nouveau.

« Si M. Rougeau avait été vivant, il serait déjà intronisé. Son intronisation ouvre maintenant la porte à d’autres intronisations posthumes, confirme Michel Côté. On était mal à l’aise avec ça, car il y avait un certain favoritisme dû au fait que la personne était vivante ou pas, ce qui ne devrait rien à voir avec les accomplissements pour la ligue. »

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